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Jusqu’où l’or peut-il aller ? (Pictet AM).
Tout le monde en parle en ce moment. L’or a le vent en poupe. Mais est-ce réellement un bon investissement ? Jusqu’où la hausse peut-elle aller ?
Par Christopher Dembik, Senior Investment Adviser chez Pictet Asset Management
De manière assez surprenante, l’or retrouve toute sa place dans les allocations d’actifs depuis quelques années. Des analystes préconisent même que sa part, qui est souvent autour de 5%, augmente à 20%.
Est-ce pertinent ?
L’or est sur toutes les lèvres en ce moment. On considère souvent que le métal précieux l’était à toutes les époques. C’est une erreur. En Occident, ce n’est qu’au milieu du 13ème siècle que l’or acquiert une réelle importance dans les échanges et la vie économique avec la création du florin d’or de Florence (en 1252) et un peu plus tard en France avec le franc d’or (dans les années 1360). La fin de la convertibilité du dollar en or, actée par le président Richard Nixon en août 1971, a marqué le début d’une traversée du désert pour le métal précieux. Il était rarement mis en avant dans les stratégies d’allocation d’actifs. Le dollar l’avait remplacé comme valeur refuge. Sa part dans le total des actifs financiers a chuté, passant d’environ 20% en 1980 à seulement 5%* de nos jours. Quant à son rôle de protection contre l’inflation, cela ne faisait plus aucun sens dans un monde où les prix oscillent peu. Tout a changé depuis la Covid, et ça s’est même accéléré ces derniers mois. On assiste à une nouvelle ruée vers l’or. Preuve d’une forte demande, le prix de l’once d’or a augmenté de +45% depuis le début d’année**. C’est inédit.
Le regain de demande de la part de l’Inde et de la Chine. Par exemple, en juillet, les importations d’or non monétaire (c’est-à-dire qui ne vont pas dans les caisses de la banque centrale) ont atteint 104 tonnes en Chine. C’est énorme. Les commerçants, les investisseurs institutionnels, les particuliers et le secteur de la joaillerie ne jurent que par le métal précieux ;
La dédollarisation, surtout de la part de la Russie (quasiment achevée) et de la Chine. Lorsque la banque centrale chinoise achète de l’or, elle vend des bons du Trésor américain libellés en dollar ;
La demande des banques centrales qui est le facteur structurel le plus important. Sur la décennie passée, elles ont acheté environ 325 tonnes d’or par an. En 2024, ce fut 900 tonnes. En 2025, ce sera certainement davantage. Les achats sont surtout le fait des banques centrales émergentes. En moyenne, l’or représente seulement 15% de leurs réserves. Elles souhaitent atteindre l’objectif de 25% - soit le niveau moyen dans les pays développés. Certaines envisagent même d’aller au-delà. La Pologne – un important acheteur - réfléchit à porter ses réserves de 20% à 30% ;
Dans un marché où la demande l’emporte sur l’offre, la direction de l’or est claire. La hausse devrait continuer, surtout tant que les banques centrales sont à la manœuvre. Le consensus de marché table sur un objectif à 4'000 dollars l’once qui pourrait être atteint dès cette année, puis 4'500 dollars en 2026. C’est certainement la seule matière première dont la trajectoire de cours est limpide pour les années à venir. À l’inverse, l’argent, qui est corrélé positivement à l’or, connaît un destin plus chahuté. Essentiel pour la transition énergétique et désormais recherché par les investisseurs institutionnels, l’argent a connu un rebond impressionnant pendant la période estivale mais qui fut de courte durée. Les investisseurs qui en avaient acheté ont pris leurs bénéfices en septembre pour se replier sur l’or.
L’idéal n’est évidemment pas de détenir des lingots chez soi ou dans un coffre-fort à la banque. Des produits financiers permettent de répliquer l’évolution du cours de l’or par exemple, qu’il s’agisse des fonds or (adossés à des réserves physiques) ou encore d’ETFs. Point intéressant, l’envolée du prix de l’or a réveillé un segment du marché qui était jusqu’à présent endormi, celui des minières. Historiquement, les minières constituaient un mauvais investissement en raison des contraintes réglementaires et environnementales, et de la hausse des salaires qui pèsent lourdement sur leurs coûts de production. La bonne nouvelle, c’est que c’est en train de changer. La flambée de l’or est telle que leurs marges ont augmenté en moyenne de 50% depuis le début d’année en dépit de ces contraintes. Tout ceci pourrait pousser les actions des minières à la hausse. Attention toutefois, il s’agit d’un investissement tactique – de courte durée. À long terme, la réglementation reste un frein important pour ce secteur qui n’a quasiment aucune chance de surperformer l’or sur le long terme.
*Bloomberg, McKinsey, Septembre 2025.
**Boursorama, 29 septembre 2025.