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À Jackson Hole, Kevin Warsh avait, semble-t-il, fait passer un message relativement clair : inflation trop élevée, conditions financières peu restrictives, économie…
Par Thomas Giudici, Directeur de la gestion obligataire
Après les hésitations de son premier FOMC, le nouveau président de la Fed avait donc clairement durci le ton. Pourtant, à un peu plus d’une semaine de la prochaine réunion, les marchés semblent toujours dubitatifs, la probabilité d’une hausse de taux oscillant autour de 50 %. Dans ce jeu de pile ou face, particulièrement inhabituel à l’approche d’un FOMC, le repricing pourrait être violent lorsque la pièce finira par retomber.
Christopher Waller est d’ailleurs venu entretenir le doute. Pourtant loin d’être une colombe au sein du FOMC, le gouverneur de la Fed, qui avait déjà voté pour le statu quo lors de la dernière réunion, a livré une lecture sensiblement différente de celle de Kevin Warsh à Jackson Hole. Là où le président de la Fed estime que les progrès sur le front de l’inflation restent insuffisants, Waller préfère retenir les premiers signes de désinflation observés ces derniers mois et leur laisser davantage de temps pour se confirmer : « give disinflation a chance », pour reprendre ses propres mots. Il s’est ainsi dit prêt à soutenir de nouveau un statu quo en septembre si les prochaines données confirmaient cette tendance, tout en laissant la porte ouverte à une hausse en cas de mauvaise surprise sur les prix.
Ces propos dovish ont toutefois été contrebalancés en fin de semaine par des statistiques américaines plutôt solides. Le rapport sur l’emploi était particulièrement attendu dans un contexte où la Fed revendique plus que jamais son approche data dependent. Et les chiffres ont plutôt rassuré : 162 000 emplois ont été créés en août, contre seulement 55 000 attendus, tandis que les deux mois précédents ont été révisés à la hausse de 55 000 emplois au total. Le taux de chômage est, quant à lui, resté stable à 4,1 % malgré la légère hausse du taux de participation. La veille, l’ISM des services avait déjà envoyé un signal similaire, avec un indice en hausse et supérieur aux attentes, à 55,4, porté par une activité et des nouvelles commandes particulièrement dynamiques. Des données solides, mais peut-être pas assez pour faire complètement basculer le curseur. Désormais, tout devrait donc se jouer sur les chiffres d’inflation du mois d’août, attendus jeudi.
Le risque est désormais que les chiffres d’inflation ne soient ni suffisamment bons pour écarter définitivement une hausse, ni suffisamment mauvais pour contraindre la Fed à agir. Le doute pourrait alors persister jusqu’au FOMC, avec le risque de voir se répéter le scénario du mois de juillet : un discours résolument hawkish, mais une Fed qui choisit finalement de ne rien faire. Un nouveau décalage entre les paroles et les actes qui pourrait fragiliser encore davantage la crédibilité de la Fed. Sur les marchés, la sanction pourrait être assez claire : un dollar sous pression et une remontée des taux longs américains.
En zone euro, la BCE semble en revanche beaucoup moins hésiter. La hausse des taux directeurs attendue cette semaine est acquise. La remontée des prix de l’énergie, combinée à une croissance qui reste résiliente, a fini de convaincre le marché et les membres de l’institution européenne de la nécessité d’un nouveau tour de vis, malgré des pressions inflationnistes sous-jacentes qui restent toujours relativement contenues. La vraie question se situe désormais davantage sur la suite du cycle de resserrement monétaire. La BCE a beau exceptionnellement quitter Francfort pour Berlin cette semaine, elle ne devrait donc pas vraiment changer de terrain de jeu… ni, vraisemblablement, de ton. En Europe, le débat n’est donc plus vraiment de savoir s’il faut monter les taux cette semaine, mais jusqu’où il faudra aller, tandis qu’à Washington, on cherche encore à savoir s’il faut commencer.