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Pictet AM : après plusieurs mois d'euphorie, les marchés financiers traversent une phase de consolidation.
Après plusieurs mois d'euphorie, les marchés financiers traversent une phase de consolidation. Si la volatilité est de retour, certains segments continuent néanmoins d'offrir des opportunités attractives.
Par Christopher Dembik, Senior Investment Adviser
Le retour de la volatilité en juin rappelle que les marchés ne progressent jamais en ligne droite. Derrière la correction actuelle se dessinent toutefois de nouvelles poches de croissance.
C’était attendu, le mois de juin a été chahuté sur les marchés financiers. Après une première partie d'année particulièrement favorable aux actifs risqués, plusieurs facteurs sont venus provoquer une phase de consolidation qui, sans remettre en cause la tendance de fond, rappelle aux investisseurs que les marchés ne progressent jamais en ligne droite.
Quatre éléments principaux expliquent le regain de volatilité.
Le premier est lié à l'introduction en bourse de SpaceX, le 12 juin. Comme souvent lors des méga-IPO, l'opération a provoqué un phénomène d'aspiration de la liquidité. De nombreux investisseurs ont temporairement réduit leur exposition aux autres valeurs technologiques américaines afin de dégager des capitaux pour participer à l'opération. Ce type de mouvement est classique : les introductions en bourse de très grande taille tendent fréquemment à créer des tensions passagères sur la liquidité disponible.
Le deuxième facteur concerne les investisseurs institutionnels. Après des performances solides enregistrées depuis le début de l'année, nombre d'entre eux ont choisi de prendre une partie de leurs bénéfices sur les marchés actions afin de se repositionner progressivement sur les obligations avant la période estivale. Ce mouvement saisonnier est récurrent et contribue régulièrement à une forme d'essoufflement des marchés au mois de juin.
Troisièmement, la publication des résultats de Micron a suscité une nervosité inhabituelle. Bien que les résultats se soient finalement révélés robustes, l'attente entourant cette publication a rappelé celle observée quelques semaines plus tôt avant les résultats de Nvidia. Avec une capitalisation avoisinant 1 200 milliards de dollars, Micron est désormais considéré comme l'un des baromètres de l'écosystème de l'intelligence artificielle. Toute déception potentielle était donc susceptible de provoquer des mouvements importants sur l'ensemble du secteur technologique.
Enfin, l'explosion des effets de levier sur certains segments du marché constitue probablement l'évolution la plus préoccupante. En Corée du Sud, les encours de crédit sur marge dépassent désormais 26 milliards de dollars. Aux États-Unis, les investisseurs particuliers continuent de privilégier des stratégies spéculatives de très court terme, notamment via les options dites 0DTE (« Zero Days To Expiration »), des produits dérivés qui expirent le jour même de leur négociation et qui offrent souvent des effets de levier particulièrement élevés. Cette montée en puissance de la spéculation à court terme explique en grande partie le récent rebond de la volatilité, davantage encore que les tensions géopolitiques.
Dans ce contexte plus incertain, l'or n'a pas retrouvé le statut de valeur refuge qui lui est traditionnellement attribué. Depuis le début de l'année, le métal précieux évolue globalement à la baisse.
Cette correction s'explique d'abord par d'importantes prises de bénéfices de la part des grandes banques internationales et des gestionnaires d'actifs mondiaux. Depuis deux ans, ces investisseurs ont fortement accru leur exposition au métal jaune. Alors que l'or représentait historiquement moins de 1 % de nombreux portefeuilles institutionnels, certaines allocations approchent désormais les 5 %. Après un rallye exceptionnel, une phase de consolidation apparaissait donc inévitable.
Par ailleurs, plusieurs banques centrales émergentes ont vendu une partie de leurs réserves d'or au printemps afin de soutenir leur devise, fragilisée par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient et la vigueur persistante du dollar. La Turquie, mais également plusieurs pays d'Asie du Sud-Est, ont ainsi procédé à des ventes ponctuelles.
Le troisième facteur est sans doute le plus déterminant : la forte remontée des rendements des obligations souveraines américaines. Historiquement, il existe une relation inverse entre les taux d'intérêt réels américains - c'est-à-dire corrigés de l'inflation –-et le prix de l'or. Une hausse de 100 points de base des taux réels américains se traduit en moyenne par une baisse d'environ 15 % du cours du métal précieux.
L'explication est relativement simple. L'or ne verse ni coupon ni dividende. Lorsque les rendements obligataires réels augmentent, les investisseurs peuvent obtenir des revenus plus élevés en détenant des obligations américaines sans accroître leur niveau de risque. Le coût d'opportunité de la détention d'or s'élève alors mécaniquement. En outre, des taux américains plus élevés soutiennent généralement le dollar, ce qui exerce une pression supplémentaire sur un actif libellé en devise américaine.
Pour autant, cette phase de consolidation ne remet pas en cause la tendance haussière de long terme du métal précieux. Elle ressemble davantage à la correction observée à l'été dernier qu'à un changement de régime durable. Les investisseurs les plus offensifs pourraient même y voir des points d'entrée intéressants.
Même dans des marchés plus volatils, certains segments continuent d'afficher une remarquable résilience. C'est notamment le cas des entreprises qui construisent les infrastructures indispensables au déploiement de l'intelligence artificielle.
L'attention des investisseurs s'est largement concentrée sur les fabricants de semi-conducteurs. Pourtant, les gagnants de long terme pourraient bien être ailleurs : dans les sociétés spécialisées dans les réseaux permettant d'interconnecter les GPU, dans les infrastructures de centres de données, mais surtout dans les équipements électriques.
Ce dernier point est crucial. Selon l'étude de référence « Energy and AI » publiée par l'Agence internationale de l'énergie, la consommation électrique des centres de données pourrait presque doubler d'ici 2030 pour atteindre environ 950 térawattheures, soit près de 3 % de la demande mondiale d'électricité.
Les besoins en capacités de production, en réseaux électriques, en transformateurs, en systèmes de refroidissement et en équipements associés seront donc considérables. Cette dynamique devrait soutenir durablement l'ensemble de la chaîne de valeur.
D'autant que ces infrastructures bénéficient simultanément d'autres tendances structurelles de long terme, telles que l'électrification des usages, la réindustrialisation des économies occidentales et la modernisation des réseaux électriques. Dans un environnement de marché plus complexe, ces acteurs apparaissent ainsi comme les gagnants cachés de la révolution de l'intelligence artificielle.