Auditionné devant le Sénat américain, Kevin Warsh suscite d’emblée le débat : entre posture de faucon monétaire et affirmation d’indépendance, son profil contraste avec les attentes politiques. Dans un contexte de tensions géopolitiques et de marchés hésitants, son éventuelle nomination pourrait redessiner les équilibres financiers.
Le point hebdo de Fidelity International daté du 27 avril 2026
3 points à retenir
- Kevin Warsh affiche une ligne monétaire stricte, en décalage apparent avec les attentes de Donald Trump.
- Les marchés oscillent entre espoir et incertitude, notamment sur fond de tensions au Moyen-Orient.
- Les obligations reculent tandis que les actions et certaines matières premières résistent dans un environnement instable.
Le casting de Kevin Warsh, la semaine dernière, devant la Commission bancaire du Sénat américain a suscité de nombreuses critiques tant le profil du successeur de Jerome Powell est aux antipodes de la politique que souhaiterait voir appliquer celui qui l'a désigné. À croire que le postulant n’avait pas précisé son orientation monétaire dans son CV. Sur le papier, ce dernier est un candidat sérieux : économiste qui s'est essayé avec succès à la finance et qui a déjà siégé au board de la vénérable institution dans les années 2000… À première vue donc, il a l'air de s'y connaître un tant soit peu en la matière et ne devrait pas débarquer à la Fed comme un bleu. Le problème, c'est que l'aspirant est un faucon ascendant hawkish affirmé.
Lors de son grand oral, la semaine dernière, il n'a pas retenu ses coups contre l'instance qu'il s'apprête à présider. Pointant du doigt son incapacité à envoyer l'inflation au tapis, il a clairement affiché son désir d'un "changement de régime"
Autant dire que l'ambiance des prochains FOMC promet d'être chlorhydrique… Le hic, c'est que Warsh plane à mille lieues des souhaits monétaires de Donald Trump qui répétait encore ces derniers jours que les taux baisseront lorsque "Kevin" sera intronisé. Un antagonisme - de façade ? - qui tient du dialogue de sourds et peut laisser entendre que le président américain aurait fait une erreur de casting. Une hypothèse difficile à croire. Et le sujet interpelle d'autant plus que portant l'indépendance de la Réserve fédérale comme un Saint-Sacrement, le prochain patron de la Fed s'est défendu d'avoir été désigné pour être la voix de son maître. Du reste, il est intéressant de se rappeler que, huit ans auparavant, les mêmes craintes pesaient déjà sur les épaules de son prédécesseur qui s'est, par la suite, révélé frondeur. L'avenir jugera de la sincérité de "l'élu" - s'il obtient le feu vert du Sénat. Mais Kevin sait d'ores et déjà que ce n'est pas tant à la Maison-Blanche qu’aux marchés qu'il devra rendre des comptes sur son inféodation.
Classes d'actifs
Les marchés ont évolué entre espoir et nervosité la semaine passée, fluctuant au gré des annonces relatives aux négociations entre États-Unis et Iran qui sont finalement restées au point mort. Un contexte qui a globalement joué en faveur des actifs risqués et au dépens des obligations. Les actions sont parvenues à terminer la semaine dans le vert tandis que les matières premières ont repris du poil de la bête après quinze jours de baisse. Le blocus continu du Détroit d'Ormuz a en effet permis aux cours du pétrole de revenir s'installer au-dessus des 100 dollars le baril (Brent) en attendant un semblant d'avancée dans les pourparlers.
Actions
Si d'une façon générale, les actions sont parvenues à s'adjuger une hausse hebdomadaire, dans le détail, c'est autre chose. La plupart des zones géographiques ont en effet conclu la semaine dans le rouge, la palme revenant à l'Europe. Seuls les marchés américains et émergents ont profité de l'incertitude sur le front géopolitique. Les émergents continuent de caracoler en tête du classement général qui prévaut depuis le début de l'année devant l'Asie-Pacifique. À l'opposé, c'est l'Europe qui en ferme la marche.
Obligations
Dans un contexte qui pourrait s'apparenter à un regain d'appétit pour le risque - mais n'en est pas un -, le compartiment obligataire n'a pas brillé. Après trois semaines d'appréciation portées par la recherche d'actifs refuges, il s'inscrit en recul. Tout du moins les obligations les mieux notées qui s'octroient la plus forte baisse hebdomadaire ainsi que le court terme. Seul le haut rendement parvient à se maintenir stable. Celui-ci est d'ailleurs le seul à enregistrer une hausse depuis le début de l'année.
La tendance n'était pas différente sur le front souverain où, délaissés par les investisseurs, les emprunts d'État à long terme ont vu leur rendement se tendre légèrement. À l'instar du 10 ans américain qui a repris 7 pb sur la semaine. De ce côté-ci de l'Atlantique, son pendant allemand en reprenait cinq pour se rapprocher à nouveau des 3 % tandis que l'OAT de même maturité rebondissait de 9 pb sur la semaine.
Marché des changes
Du côté des changes, la semaine a été relativement calme. Évoluant au gré des annonces sur une reprise ou non des négociations, les devises sont restées relativement stables. Si l'euro s'est globalement déprécié face aux autres monnaies, le climat d'incertitude sur le front géopolitique n'a pas forcément profité au billet vert. De sorte que la paire euro-dollar s'est maintenue à l'équilibre, autour du seuil des 1,17.