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Les entreprises américaines multiplient leurs émissions obligataires en euros, alimentant le marché européen sans pour autant inquiéter les spreads de crédit.
Les entreprises américaines multiplient leurs émissions obligataires en euros, alimentant le marché européen sans pour autant inquiéter les spreads de crédit. Entre diversification, profondeur du marché et opportunités pour les investisseurs, cette dynamique pourrait encore s’intensifier en 2026.
Le point hebdo d'Ecofi daté du 16 février 2026 par David Jourdan, Directeur de la gestion Crédit
Les Reverse Yankee Bonds demonstrate une forte croissance et attirent de plus en plus d’émetteurs américains sur le marché européen.
Malgré des volumes élevés, leur impact sur les spreads de crédit reste limité grâce à la profondeur et à la diversification du marché obligataire.
Pour les investisseurs, ces obligations offrent un levier de diversification et une exposition moins dépendante de l’économie européenne.
Les obligations émises par des entreprises américaines en euros sur le marché européen occupent une place croissante dans l’univers investissable des gestionnaires de fonds du vieux continent.
Le volume d’émission de Reverse Yankee Bonds a connu une croissance spectaculaire au cours des dernières années : d’environ 15 % du total des nouvelles émissions Corporates de qualité investissement en 2020 (65 Mds€), le volume émis en 2025 a atteint 25 % du total (120 Mds€).
Le rythme enregistré en ce début d’année n’a pas connu de ralentissement. Outre les grandes banques américaines (Morgan Stanley, Goldman Sachs, JP Morgan Chase) coutumières des émissions en euros, de nombreuses entreprises non-financières ont sollicité le marché. Ainsi, au cours des 6 premières semaines de cette année, Ford, BM, Pepsi, T-Mobile ou encore W.P. Carey sont venus solliciter les investisseurs.
Cette activité débordante est-elle susceptible de peser sur les niveaux de spreads de crédit ?
Nous sommes enclins à répondre par la négative. Ce phénomène n’est pas nouveau car, bien avant l’introduction de l’Euro, les sociétés américaines diversifiaient déjà leurs sources de financement en devises autres que le dollar.
Par ailleurs, le marché de la dette obligataire Corporates est profond, ultra-diversifié et le poids des émetteurs les plus significatifs est faible. À titre d’exemple, l’émetteur ayant le plus gros poids au sein de l’indice Bloomberg Euro-Aggregate Corporates est BFCM qui, avec ses 46 milliards d’euros d’encours, pèse pour un peu de moins de 1,6 % du total de l’indice. Le premier émetteur américain est Morgan Stanley mais ne représente pour sa part que 0.9 % du total de cet indice.
Il en va de même pour les obligations de qualité spéculative. Le nombre d’entreprises constituant les indices ne cesse d’augmenter et la diversification s’accroît. Les émetteurs de Reverse Yankee Bonds sont nombreux mais, en raison de la maturation du marché, la présence d’émetteurs américains est bien que moins notable qu’auparavant.
À titre de comparaison, on notera qu’au sein de l’indice Bloomberg Euro Aggregate Treasury, le principal émetteur est la France qui avec ses 2.115 Mds€ d’encours pèse pour un peu près de 23,9 % du total, talonné par l’Italie et ses 1.790 Mds€ émis soit 22 % de ce même indice.
Il ne faut donc pas redouter une indigestion induite par des volumes d’émission massifs sur le marché primaire de la part des émetteurs d’outre-Atlantique. Ni les 7 Mds€ en 4 tranches émis en février 2026 par Goldman Sachs, ni les 13 Mds€ émis en 11 tranches par Alphabet en 2025 n’ont eu un impact massif sur les marges de crédit du marché obligataire Corporate européen.
À la différence des marchés d’actions, la performance des portefeuilles n’est pas dépendante d’un faible nombre d’émetteurs : il n’y a pas de 7 magnifiques sur le marché obligataire de la dette privée. Parmi les 7, seuls Apple, Microsoft et Alphabet ont sollicité des financements obligataires en euros, le tour des 4 autres viendra peut-être cette année afin de financer leurs programmes massifs d’investissements.
Les performances obligataires dépendent essentiellement des choix en matière de sensibilité au risque de taux. La sélection des émetteurs dans un portefeuille de qualité investissement n’est pas anodine mais ne revêt pas un caractère primordial.
Cette observation ne vaut évidement pas pour un portefeuille combinant dette souveraine et dette privée : le poids des émetteurs souverains est tel que le dérapage d’un pays tel que la France, l’Italie, l’Allemagne ou l’Espagne a bien évidement des conséquences significatives sur la performance globale. Il faudra se méfier des pays dont les trajectoires budgétaires sont malsaines.
La réponse est oui ! En dépit des coups portés par l’administration Trump au commerce international via sa guerre tarifaire, les entreprises américaines internationalisées continueront à comparer leurs coûts de financement en devises à leur coût de financement en dollar. Elles interviendront de manière opportuniste et chercheront à diversifier leur base d’investisseurs. En outre, pour des entreprises américaines installées en Europe, il est naturellement tentant de financer ses charges libellées en euros par des emprunts en euros.
Les Reverse Yankee Bonds permettent de diversifier les portefeuilles et de s’affranchir d’une trop grande sensibilité aux performances de l’économie européenne. Cela permet également d’opérer des comparaisons sur des échantillons plus vastes et donc d’établir des valeurs relatives de meilleure qualité.
2026 s’annonce comme une année faste pour les émetteurs de Reverse Yankee : la demande est forte, le besoin de diversification est toujours présent, le US bashing ne sera pas de mise sur le marché obligataire européen.