Actions
1Obligations
1Flexibles
1L'essentiel de l'actualité patrimoniale et financière pour les CIF, chaque matin dans votre boîte mail.
Entretien avec Frédéric Leroux sur Baisse des taux : « attention à ne pas être trop optimiste… » Le point sur la stratégie de..
Stéphane : Est-il nécessaire de présenter mon invité et sa société de gestion ? Carmignac Gestion, Frédéric Leroux, merci de nous rejoindre. Merci surtout d’avoir pris le temps, pendant Patrimonia, de venir sur notre stand. D’abord, est-ce que tu peux nous parler un peu de ton expérience Patrimonia ? Pourquoi cette belle maison que tu représentes est à Patrimonia et pourquoi tu y viens tous les ans ?
Frédéric Leroux : Patrimonia, c’est une histoire. Effectivement, depuis très longtemps, nous sommes de gros acteurs chez les CGP. Me concernant, mon premier Patrimonia, c’était en 2001, je crois, en tant que candidat libre, pas chez Carmignac, mais en écrivant des articles contrariants sous un nom d’emprunt. Cela avait beaucoup intéressé les organisateurs de l’époque, qui avaient voulu me faire parler en plénière. J’étais très intimidé, mais cela s’est à peu près bien passé.
Stéphane : Tu connais un peu l’environnement et le lieu.
Frédéric Leroux : Oui, je retrouve d’anciens que je voyais il y a quinze ou vingt ans, et beaucoup de nouveaux, ce qui est très réconfortant.
Stéphane : Profitons de ton expérience. Est-ce que tu peux nous parler un peu du marché et du contexte ? Il se passe beaucoup de choses sur les taux, la géopolitique, les élections. Peux-tu nous faire un résumé de ta vision sur l’évolution des marchés ?
Frédéric Leroux : Nous sommes dans un contexte de baisse de taux. Cela donne beaucoup d’espoir à plein de monde, en disant que les baisses de taux ont démarré, qu’il y en a pour une certaine durée et que les marchés des actifs risqués vont continuer de s’envoler.
J’ai un petit bémol à mettre là-dessus : la désinflation a démarré en octobre 2022, et la première baisse de taux arrive en septembre 2024, c’est-à-dire deux ans après. Les marchés ont eu le temps, depuis octobre 2022, d’anticiper les baisses de taux qui arrivent aujourd’hui. C’est pour cela que, depuis octobre 2022, les marchés actions ont monté : fin 2022, toute l’année 2023 et 2024 jusqu’à présent.
Certes, il y a encore des hausses à connaître, mais il ne faut peut-être pas être trop optimiste. À un moment ou à un autre, les marchés voudront anticiper autre chose que simplement la poursuite de la baisse des taux et la poursuite de la désinflation.
Il faudra vraisemblablement, en tant que gérant global, avoir à côté de ces grosses positions que l’on peut avoir sur les belles valeurs de croissance, qui profitent le plus de ces baisses de taux, d’autres choses. Des choses qui commenceront à profiter de l’anticipation par certains de l’étape suivante.
L’étape suivante, c’est une inflation qui a fini de baisser, des banques centrales qui vont commencer à se demander s’il faut vraiment encore baisser les taux. C’est aussi un contexte où la Chine, qui a commencé à faire des choses intéressantes, pourra se dire qu’il faut vraiment arrêter cette spirale déflationniste, remettre de l’argent dans le marché, et peut-être revenir acheter du cuivre, du pétrole, que sais-je. Cela pourrait recréer un environnement différent, qui ressemble un peu plus à celui de 2021-2022.
Il faut avoir cela dans un coin de sa tête. Il ne faut pas se laisser prendre de nouveau par surprise par un changement économique important. Il faut faire un barbell : un premier gros positionnement cœur avec tout ce que l’on connaît, qui a bien marché depuis un certain nombre d’années, et commencer à diversifier un peu vers des choses qui fonctionneront bien dans un environnement complètement différent.
Stéphane : Il y a des zones sur lesquelles tu serais plus méfiant et d’autres où tu restes plus positif ?
Frédéric Leroux : Il y a le paradoxe suivant : le pays où l’on a envie d’être, ce sont les États-Unis, parce que c’est là qu’on a toutes ces belles valeurs de croissance qui nous ont fait rêver et qui nous ont enrichis depuis quinze ans, sans discontinuer ou presque. Mais c’est peut-être aussi de là que viendra le risque si, à un moment ou à un autre, plus tôt que prévu, les banquiers centraux arrêtent de baisser les taux parce que leurs baisses de taux ont réveillé un peu l’inflation.
Dans ce cas-là, on aura envie d’aller chercher de la vraie diversification. Pourquoi pas la Chine, qui a sous-performé de façon incroyable depuis 2021 ? Pourquoi pas l’Europe, si elle veut bien suivre un peu les conseils de Mario Draghi : investir ou mourir ? Et le Japon, qui s’est réveillé depuis deux ans. Aujourd’hui, parce que le yen monte, on pense qu’il va retomber. Je pense que non. Quand le Japon était en pleine ascension, il le faisait avec un yen qui montait. Ce genre de comportement de marché peut revenir.
Il y a donc des opportunités partout, mais quelquefois loin de chez soi et dans des choses un peu moins évidentes, un peu moins explorées que ce à quoi l’on s’est habitué au cours des décennies.
Stéphane : Merci beaucoup pour ces éclaircissements. Quelles sont les actualités chez Carmignac dont tu veux nous parler ?
Frédéric Leroux : J’aimerais parler de notre nouveau gérant actions, arrivé il y a maintenant quelques mois, Christopher Barrett, un Américano-Suédois qui a un track record sur dix ou quinze ans tout à fait exemplaire sur les actions internationales. Il a d’abord travaillé sur les émergents, puis sur l’Europe, puis sur les États-Unis, puis sur la tech. Il a vraiment un spectre très large avec un très beau track record. Je crois qu’il est capable de refaire de Carmignac Investissement le phare de la gestion internationale qu’il a été pendant des années.
Je vais profiter de cela pour parler de mon petit fonds que j’aime beaucoup : Carmignac Investissement Latitude. C’est un fonds qui est investi intégralement dans Carmignac Investissement, mais qui peut mettre en œuvre des couvertures pour exposer le fonds de 0 à 100 %.
Par exemple, c’est un fonds qui a permis de perdre très peu d’argent en mars 2020 dans le Covid, et qui a permis de gagner de l’argent dans l’année d’inflation de 2022. Il a l’intérêt très important de permettre aux gens qui voudraient revenir sur les marchés actions mais qui ont peur de la volatilité de revenir via Carmignac Investissement Latitude.
Depuis cinq ans, le fonds fait 51 ou 52 % de performance, c’est-à-dire 36 % de mieux que l’indice de référence de ces fonds flexibles, avec une volatilité très restreinte. Les trois années passées ont aussi été tout à fait intéressantes. C’est bien de regarder ces trois ou cinq années, parce qu’il s’est passé plein de choses. Bien évoluer dans un contexte aussi volatil montre la robustesse du concept et sa capacité à être adaptable.
Stéphane : Très bien, merci Frédéric. Merci pour ce pitch sur Carmignac Investissement Latitude. C’est important de le rappeler, c’est ton petit bébé.
Frédéric Leroux : C’est mon petit bébé depuis 2005.
Stéphane : Ton petit bébé devenu un joli bébé. Merci Frédéric, bon salon.
Frédéric Leroux : À bientôt.