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Entretien avec Olivier Lefevre, directeur des investissements, et Thomas Baranger, directeur du développement, sur le positionnement d'Europe Income Family. Un fonds actions européennes recentré en 2023 pour concilier croissance et value.
Entretien avec Olivier Lefevre, directeur des investissements, et Thomas Baranger, directeur du développement, sur le positionnement d'Europe Income Family. Un fonds actions européennes recentré en 2023 pour concilier croissance et value.
L’entretien met en perspective les moteurs de la stratégie, les points de vigilance et les éléments utiles pour l’analyse patrimoniale.
Bonjour à tous et bienvenue pour un nouveau face à face sur Zoom Invest. Aujourd'hui, nous allons recevoir Olivier Lefevre, de la Banque Hottinguer, qui va nous parler du fonds qu'il gère, Europe Income Family. Bonjour Olivier. Bonjour Gérald. Alors je vais rentrer dans le vif du sujet. Un fonds valeurs familiales et dividendes, on y reviendra. Mais pourquoi les valeurs familiales ? Qu'est-ce que c'est que les valeurs familiales ? Alors pourquoi les valeurs familiales ? Parce que sur le long terme, les valeurs familiales surperforment le reste de l'univers d'investissement.
Pour deux raisons : généralement, elles ont un retour sur investissement qui est plus élevé que la moyenne, qui est lié généralement, à une concentration sur des industries qui sont à marge beaucoup plus élevées que la moyenne de l'univers. Et puis l'autre point qui est essentiel, on a souvent affaire à des sociétés qui sont très peu endettées, puisque ce qui compte dans une société familiale, c'est la pérennité du business model, et c'est surtout la transmission de l'entreprise aux descendants. Très bien. Et du coup, comment est-ce que vous définissez une valeur familiale ? Parce qu'il y a un peu de subjectif, j'imagine ? Il y a de la subjectivité. Pour nous, la définition est simple.
Une définition qui est quand même assez large, c'est quel que soit le pourcentage de détention d'une famille au capital de la société sélectionnée, il faut que cette famille ait une influence notable sur la gouvernance de l'entreprise. Donc ça peut arriver via des nominations au board, des nominations dans différents comités. Donc on regarde les choses de près et c’est ce qui nous permet de qualifier une société comme familiale. Alors, vous n'êtes pas le seul sur le créneau des valeurs familiales dans le monde de la gestion d'actifs, mais il y a peut être une distinction par rapport à certains de vos confrères ou concurrents, peu importe comment on les appelle.
C'est que vous avez un deuxième pilier qui est un pilier, comme son nom l'indique, dans le nom du fonds : Europe Income Family, donc le pilier rendement, donc le dividende. Est-ce que vous pouvez nous en parler là aussi un peu ? Comment vous choisissez ces valeurs rendement ? Alors, ça nous permet en fin de compte d'équilibrer les sociétés familiales qui ont plutôt une tendance ou du moins une connotation à la croissance. On vient équilibrer la chose dans le fonds, avec ce que l'on appelle des dividendes providers, qui ont, eux, une connotation un petit peu plus value. Ce qui fait qu'on associant les deux, on a un fonds qui est ni croissance ni value.
On a un fonds qui est agnostique à ce genre de style, un fonds qui n'est pas prisonnier d'un scénario de taux, ou qui n'est pas prisonnier d'un scénario macroéconomique bien précis. Donc, on est normalement à même de pouvoir surperformer dans toutes les phases de marché. Et vous regardez des dividendes qui sont plutôt croissants, constants ou élevés ? Parce qu'on peut les gérer différemment, les dividendes. Bien sûr. Il faut que le dividende ou le dividende yield en tant que tel soit substantiel. Donc pour nous, substantiel, c’est à partir de 1,5%. On n'ira pas au-delà des 7/8%, pour des raisons, peut être, que j'expliquerai par la suite.
Ce qui nous importe véritablement, c'est que ce dividende soit en croissance, et c’est surtout la pérennité du dividende qui nous intéresse. C'est-à-dire le fait qu'il soit payé, de façon claire, nette et précise, en cash. Qu’il n’y ait pas de mauvaises surprises. Voilà, qu’il n’y ait pas de mauvaises surprises. Et cette pérennité, ça renvoie à la solidité bilancielle des entreprises qui sont sélectionnées. Et qui est un élément important que vous regardez, donc. Exactement. Ce qui veut dire que, du coup, vous allez écarter des sociétés qui peuvent distribuer de très gros dividendes, dans l'absolu.
Est-ce que ça vous est arrivé, par le passé, de vous retrouver finalement, de passer à côté d'une belle société qui distribuait beaucoup, au prétexte d'avoir peur que justement elle ne maintienne pas cette distribution et de regretter ?
Oui, et plus particulièrement, si j'ai un exemple récent à donner en tête, dans le secteur des services aux collectivités, ou utilities, la société Engie, qui avait des ratios bilanciels qui nous paraissaient un petit peu tendus, mais qui du fait d'une excellence opérationnelle, a pu payer un dividende élevé, qui a un dividende yield qui était au-dessus des 7%, qui pour nous ne semblait pas pérenne dans le temps du fait de la qualité de l'exécution du management et de l'opérationnel derrière qui s'en est suivi. La société a pu payer ce dividende et se retrouve dans une situation bilancielle qui est moins difficile que ce qu'on pourrait imaginer, ce qu'on avait pu imaginer au moment où on avait analysé le dossier.
Quand on regarde les deux jambes de ce fonds, donc, les valeurs familiales, le dividende, on est en présence a priori d'un fonds plutôt défensif, même si vous avez dit qu'il y a un équilibre croissance/value qui se crée assez naturellement. Est-ce que ce biais un peu défensif qui, je crois, se matérialise par un bêta qui sera rarement ou quasiment jamais supérieur à 1, est-ce qu'il y a un de ces deux piliers, familial ou dividende, qui joue plus ce rôle défensif dans des marchés un peu troublés ? On est plutôt sur le dividende provider pour la partie défensive, puisque, naturellement, on est plutôt sur des secteurs tels que les télécoms, les utilities.
Je mets à côté, je mets à part les financières parce que du moins, on pourrait considérer que le secteur de l'assurance est aussi un secteur qui est quand même en soi assez défensif. Donc si on rajoute l’assurance, ça nous fait un univers de jeu qui est, en termes de conduite opérationnelle des sociétés, est assez prédictible. Généralement, on a assez peu de mauvaises surprises, on a pas mal de visibilité, peu de cyclicité. Donc, normalement on est sur quelque chose qui est assez solide. Ok, donc on y reviendra peut être un peu plus tard, mais alors, vous dites peu de cyclicité et en même temps, quand on regarde l'exposition sectorielle du fonds, on sent qu'il y a quand même pas mal de valeurs cycliques, ce qui assumé d'ailleurs.
Est-ce que c'est un choix assumé structurel, ou qui est plutôt conjoncturel par rapport à ces derniers moments de marché ? Alors, les deux Gérald, parce que, j'aurais plutôt tendance au départ à vous donner une réponse conjoncturelle. Mais elle est quand même structurelle parce que pour moi, la tendance de fond et la thématique transverse que connaît actuellement le fonds, elle va s'inscrire, pour les 2 à 3 ans qui viennent. On a un investissement qui est très très fort en transverse sur la thématique CAPEX. On pense tout simplement que l'âge d'or de la consommation est révolu. On est dans une période de normalisation. L'âge d'or de la consommation, ça a été la période post-Covid.
Aujourd'hui, on voit bien que les taux de croissance se normalisent sur l'univers du luxe, sur toutes les valeurs de consommation en tant que telles. Pour des raisons géopolitiques que l'on connaît, et que l'on vit tous les jours, l'Europe a besoin d'un petit peu plus de souveraineté, que ça soit sur les aspects de défense, que ça soit sur les aspects de relocalisation industrielle. Se réapproprier les chaînes d'approvisionnement critiques, les chaînes de production critiques, que ce soit dans le domaine de la pharmacie, que ce soit dans le domaine des matières premières, que ce soit dans le domaine de l'énergie... Et tout ça n’est plus cyclique. Tout ça n’est plus cyclique.
Tout ça, ça renvoie à la thématique des CAPEX, qui pour moi, est une thématique qui est séculaire en termes de croissance et qui est une thématique très importante dans le fonds, et qui fait partie de la cyclicité assumée que l'on a aujourd'hui dans notre politique de gestion. C'est clair. Du coup, récemment, on l'a répété maintes fois, des mouvements de marché quand même compliqués à gérer. Comment s'est comporté le fonds ? Est-ce que vous avez fait des mouvements spécifiques, et en termes de performances, comment ça se passe en quelques mots ?
En termes de performances, on avait un début d'année qui était un petit peu timide, plus particulièrement parce que la sphère société familiale, qui est quand même assez concentrée sur la sphère consommation, souffrait et a souffert un petit peu. Et là, dernièrement, nous avons réinvesti le cash que l'on avait accumulé suite à des prises de bénéfices, plus particulièrement il y a quinze jours, sur cette dislocation qu'on a pu connaître un lundi matin sur le marché, en renforçant cette thématique CAPEX, en renforçant cette thématique cyclique, en revenant aussi sur la partie financière et plus particulièrement bancaire. Et donc ça nous a permis, ces derniers jours, de reprendre du poil de la bête. Voilà.
Et on a remis un petit peu de bêta, mais tout en étant vraiment en adéquation avec la vision longue que l'on a, à savoir cette thématique CAPEX qui est là pour perdurer et qui va normalement être porteuse de croissance séculaire. Et donc des performances qui sont revenues, un petit peu, par rapport au début d'année plus compliquée si je comprends bien ? Des performances qui ont été rattrapés par rapport à un début d'année qui était un petit peu compliqué.
Dernière question peut être pour nos spectateurs : est-ce que vous considérez que votre fonds, ou en tout cas, la façon dont vous le vendez à vos clients, est-ce que c'est un fonds cœur de portefeuille, ou plutôt satellite qualitatif, si on peut dire, défensif, on l'a compris un peu malgré tout. Comment vous le présentez, vous ? On est sur une gestion de conviction qui est assez ramassée. Aujourd'hui, c'est 34 sociétés en portefeuille. On a un actif cher qui, au delà des 80%, donc on est vraiment... De la conviction. Voilà. On est vraiment dans une gestion de conviction et donc pour moi, c'est une gestion qui est satellitaire. Ok, écoutez, merci beaucoup Olivier, c'était très clair. Je vous en prie. À une prochaine, j'espère.
Et puis de notre côté, on se retrouve sur Zoom Invest pour une prochain interview face à face avec un autre gérant. Merci à tous.