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Entretien avec Joffrey Ouafqa sur Macro : toujours plus de divergence entre les Etats-Unis et l’Europe. Le point (Auris Gestion).
Joffrey Ouafqa : Aux États-Unis, la croissance n’a pas décéléré en mars et l’activité manufacturière a continué de s’améliorer. Les ventes au détail ont surpris tout le monde, alimentées par les effets richesse liés à la progression des marchés actions et par un changement de comportement du consommateur américain après le Covid.
Dans ce contexte, pas étonnant que l’inflation surprenne à nouveau à la hausse. Dans le même temps, le marché de l’emploi est resté vigoureux, alors que la croissance des salaires se modère à nouveau.
Mais attention, des signaux divergents persistent depuis plusieurs mois. Les ménages ne sont pas aussi optimistes sur le marché du travail et les composantes emploi des ISM indiquent une contraction. De plus, on voit certains États américains afficher récemment une nette augmentation de leur taux de chômage.
Enfin, les PMI préliminaires publiés cette semaine pour le mois d’avril ont déçu et se rapprochent de la contraction. Le consensus des économistes quant à un soft landing, voire un no landing, a peut-être du plomb dans l’aile, alors que la résilience de l’inflation ne permettra pas à la Fed de baisser les taux au cours des trois mois à venir.
En Europe, l’activité rebondit à nouveau en mars et les indicateurs avancés permettent d’anticiper une poursuite de la tendance, comme l’ont montré les PMI préliminaires d’avril, ressortis au-dessus des attentes. Même le PMI des services en Allemagne est en territoire d’expansion pour le deuxième mois consécutif. Il était temps, vu la faiblesse de l’activité outre-Rhin depuis quelques mois.
La consommation pourrait même accélérer en Europe car, à la différence des Américains, les Européens n’ont pas puisé dans leur épargne de précaution.
Autre différence avec les États-Unis : la désinflation se prolonge en mars à 2,4 % pour l’inflation headline, malgré une inflation dans les services qui ralentit modérément. L’objectif de 2 % est proche pour la BCE. Cela lui permettra donc de baisser ses taux dès le mois de juin et elle devrait a priori pouvoir le faire à nouveau à deux ou trois reprises d’ici la fin d’année.
En Chine, les indicateurs d’activité s’améliorent pour le quatrième mois consécutif, ce qui permet au pays d’afficher une croissance annuelle de 5,3 % au premier trimestre.
Tout n’est pas rose pour autant, puisque la croissance de la production industrielle ralentit sur le mois, ce qui peut être le signe de la fin du stockage. Les exportations ont toujours autant de mal à redémarrer, mais les ventes au détail tiennent bon, sans être dynamiques pour autant.
En bref, la situation économique n’est pas assez favorable pour crier victoire, mais pas assez négative pour que le gouvernement mette en place des mesures de relance plus significatives.
Les marchés financiers sont plus fébriles depuis début avril, notamment aux États-Unis, où la visibilité est moins bonne. La saison des publications de résultats qui débute ne doit donc pas décevoir, au risque de prolonger cette correction.