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Entretien avec Frédéric Leroux sur Marchés financiers : les perspectives de Camignac pour 2025.
Frédéric Leroux : 2024, deuxième année consécutive de désinflation marquée aux États-Unis comme en Europe, avec comme premier paradoxe néanmoins une absence totale de baisse de taux à long terme.
Cela n’a pas empêché les actions d’en profiter. Elles ont largement profité aux États-Unis parce qu’en même temps que cette désinflation, on avait une forte résilience de l’économie américaine, donc des perspectives tout à fait positives sur les profits des entreprises.
En Europe, cela a été plus compliqué. La mollesse économique s’est maintenue. Les rigidités de la gouvernance européenne ont aussi joué contre nous. Et l’équation énergétique reste un problème important pour la compétitivité de tout notre secteur industriel.
Au bout d’une année comme celle-là, on voit les valorisations des valeurs américaines monter. On est aux alentours de 23, 25, 27 ou 28 peut-être pour le Nasdaq sur les 12 mois qui viennent, alors qu’en Europe, on est sur des valeurs plutôt de l’ordre de 14. On voit donc quand même des écarts d’importance se créer, qui un jour pourront peut-être occasionner une forme de rattrapage européen à l’égard de ce qui se passe aux États-Unis.
En 2025, bien entendu, le point très, très important, c’est l’élection de Trump, parce qu’elle crée beaucoup d’incertitudes. Ce qu’il faut comprendre, c’est que Trump se fait élire sur un programme finalement très inflationniste : baisse du taux d’imposition, qui peut augmenter sensiblement la demande et la production ; augmentation très forte des droits de douane, inflationniste par essence dans un premier temps ; et réduction très forte projetée de l’immigration, avec des effets très inflationnistes sur les salaires.
Trump est élu notamment parce que les Américains reprochent à Biden d’avoir créé l’inflation. Or Trump arrive avec un programme inflationniste. Je crois que ce n’est pas nécessairement ce qu’il mettra en œuvre, mais c’est cela qu’il va falloir regarder.
L’élection de Trump avec un programme principalement inflationniste arrive à un moment où l’inflation américaine commence à avoir du mal à ralentir. C’est vraiment très clair sur l’inflation hors alimentation et énergie. Elle arrive aussi à un moment où les tensions géopolitiques sont très importantes. La mise en œuvre de ce programme serait vraiment de nature à créer un souci pour les marchés, avec une hausse forte des taux d’intérêt qui ferait baisser les marchés d’actions.
Il faut d’abord faire une distinction très forte entre les mots de Trump et les actions qu’il mène. Les mots s’inscrivent très souvent chez lui dans une négociation en cours ou à venir. Par contre, les actions ne trompent pas.
Va-t-il vouloir mettre en œuvre son plan A inflationniste ou, au contraire, donner davantage de poids à Elon Musk dans sa volonté de réduire ou de dégraisser le mammouth de l’administration américaine ? Dans le premier cas, les taux vont vite monter aux États-Unis et abîmer les marchés. Dans le deuxième cas, on aura plutôt le contraire : une économie qui fonctionnera avec un coût moindre et donc une efficacité accrue, ce qui justifierait pour l’investisseur de continuer à croire à l’exception américaine, à cette croissance qui se poursuit et qui justifie des valorisations élevées, justifiant donc pour nous une surpondération américaine.
Dans ce questionnement, cette équation, il faut ajouter aussi ce qui va se passer en Chine. Cela fait un an, un an et demi que l’on attend de la Chine des mesures fortes pour relancer l’activité et remonter le marché immobilier, qui fait beaucoup de mal aux consommateurs chinois.
Je pense que la Chine va mettre en œuvre un programme qui s’adaptera au choix fait par Trump entre son plan A et son plan B, et qu’une nouvelle fois, comme ce fut le cas en 2008, la Chine jouera un contrepoids très utile à l’économie mondiale.