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Entretien avec Olivier Lefevre sur Actions européennes : équilibre entre valeurs familiales et dividend providers – Le Face à Face..
Gérald : Bonjour à tous et bienvenue pour un nouveau Face à Face sur Zoom Invest. Aujourd’hui, nous recevons Olivier Lefevre de Banque Hottinguer, qui va nous parler du fonds qu’il gère, Europe Income. Bonjour Olivier.
Olivier Lefevre : Bonjour Gérald.
Gérald : J’entre dans le vif du sujet : un fonds valeurs familiales et dividendes. On y reviendra, mais pourquoi les valeurs familiales ? Qu’est-ce que c’est que les valeurs familiales ?
Olivier Lefevre : Pourquoi les valeurs familiales ? Parce que sur le long terme, les valeurs familiales surperforment le reste de l’univers d’investissement pour deux raisons simples.
Généralement, elles ont un retour sur investissement supérieur au reste de l’univers, souvent attaché à des marges opérationnelles supérieures. Donc une génération de cash-flow supérieure. Le deuxième point, très important, c’est un bilan robuste, sain, et moins leveragé financièrement que le reste de l’univers.
Les deux additionnés doivent normalement permettre à l’univers des sociétés familiales de surperformer.
Gérald : Comment définissez-vous une valeur familiale ? Il y a un peu de subjectivité, j’imagine.
Olivier Lefevre : Il y a de la subjectivité. Pour nous, la définition est simple et assez large : quel que soit le pourcentage de détention d’une famille au capital de la société sélectionnée, il faut que cette famille ait une influence notable sur la gouvernance de l’entreprise.
Cela peut passer par des nominations au board, des nominations dans différents comités. Nous regardons les choses de près, et c’est ce qui nous permet de qualifier une société comme familiale.
Gérald : En quelques mots, pourquoi investir sur des valeurs familiales ? Qu’est-ce que cela apporte de plus à un investisseur ?
Olivier Lefevre : Sur le long terme, les valeurs familiales ont tendance à surperformer le reste de l’univers. Elles ont généralement un retour sur investissement plus élevé que la moyenne, lié à une concentration sur des industries aux marges plus élevées que la moyenne.
L’autre point essentiel, c’est que nous avons souvent affaire à des sociétés très peu endettées. Ce qui compte dans une société familiale, c’est la pérennité du business model et surtout la transmission de l’entreprise aux descendants.
Gérald : Vous n’êtes pas le seul sur le créneau des valeurs familiales dans la gestion d’actifs, mais vous avez un deuxième pilier, comme son nom l’indique dans Europe Income : le pilier rendement, donc le dividende. Pouvez-vous nous expliquer comment vous choisissez ces valeurs rendement ?
Olivier Lefevre : Cela nous permet d’équilibrer les sociétés familiales, qui ont plutôt une connotation croissance. Nous venons équilibrer le fonds avec ce que l’on appelle des dividend providers, qui ont une connotation un peu plus value.
En associant les deux, nous avons un fonds qui n’est ni croissance ni value, un fonds agnostique à ce genre de style. Il n’est pas prisonnier d’un scénario de taux ou d’un scénario macroéconomique bien précis. Nous sommes normalement à même de surperformer dans toutes les phases de marché.
Gérald : Vous regardez des dividendes plutôt croissants, constants ou élevés ?
Olivier Lefevre : Il faut que le dividende yield soit substantiel. Pour nous, substantiel, c’est à partir de 1,5 %. Nous n’irons pas au-delà de 7 ou 8 %, pour des raisons que je peux expliquer.
Ce qui nous importe véritablement, c’est que ce dividende soit en croissance, et surtout la pérennité du dividende : qu’il soit payé de façon claire, nette et précise en cash.
Gérald : Pas de mauvaise surprise.
Olivier Lefevre : Pas de mauvaise surprise. Cette pérennité renvoie à la solidité potentielle des entreprises sélectionnées.
Gérald : Cela veut dire que vous allez écarter des sociétés qui peuvent distribuer de très gros dividendes. Est-ce que cela vous est arrivé de passer à côté d’une belle société qui distribuait beaucoup, par peur qu’elle ne maintienne pas cette distribution, et de le regretter ?
Olivier Lefevre : Oui, avec un exemple récent dans le secteur des services de collectivités : Engie. La société avait des ratios de bilan qui nous paraissaient un peu tendus, mais, du fait d’une excellence opérationnelle, elle a pu payer un dividende élevé, au-dessus de 7 %, qui ne nous semblait pas pérenne dans le temps.
Grâce à la qualité de l’exécution du management et de l’opérationnel derrière, la société a pu payer ce dividende et se retrouver dans une situation bilantielle moins difficile que ce que nous avions imaginé au moment où nous avions analysé le dossier.
Gérald : Quand on regarde les deux jambes de ce fonds, valeurs familiales et dividendes, on est a priori en présence d’un fonds plutôt défensif, même si vous avez dit qu’un équilibre croissance-value se créait assez naturellement. Est-ce que ce biais défensif vient davantage des valeurs familiales ou du pilier dividendes ?
Olivier Lefevre : On est plutôt sur le dividende pour la partie défensive, puisqu’on est naturellement sur des secteurs comme les télécoms, les utilities, et je mets à part les financières. On pourrait considérer que le secteur de l’assurance est aussi assez défensif.
Cela nous donne un univers de jeu où la conduite opérationnelle des sociétés est assez prédictible. Généralement, nous avons assez peu de mauvaises surprises, pas mal de visibilité et peu de cyclicité. Normalement, c’est quelque chose d’assez solide.
Gérald : Vous dites peu de cyclicité, mais quand on regarde l’exposition sectorielle du fonds, il y a quand même pas mal de valeurs cycliques. Est-ce un choix assumé structurel ou plutôt conjoncturel par rapport aux derniers moments de marché ?
Olivier Lefevre : Les deux. J’aurais tendance au départ à donner une réponse conjoncturelle, mais elle est aussi structurelle. La tendance de fond et la thématique transverse que connaît actuellement le fonds devraient s’inscrire pour les deux à trois ans qui viennent.
Nous avons un investissement très fort sur la thématique capex. Nous pensons tout simplement que l’âge d’or de la consommation est révolu. Nous sommes dans une période de normalisation. L’âge d’or de la consommation, c’était la période post-Covid. Aujourd’hui, les taux de croissance se normalisent sur le luxe et les valeurs de consommation.
Pour des raisons géopolitiques, l’Europe a besoin de plus de souveraineté, que ce soit sur les aspects de défense, de relocalisation industrielle, de réappropriation des chaînes d’approvisionnement critiques et des chaînes de production critiques, dans la pharmacie, les matières premières ou l’énergie.
Tout cela est plus cyclique et renvoie à la thématique des capex, qui est pour moi une thématique séculaire de croissance et une thématique très importante dans le fonds. Elle fait partie de la cyclicité assumée que nous avons aujourd’hui dans notre politique de gestion.
Gérald : Récemment, avec des mouvements de marché compliqués à gérer, comment s’est comporté le fonds ? Avez-vous fait des mouvements spécifiques ?
Olivier Lefevre : En termes de performance, nous avions un début d’année un peu timide, plus particulièrement parce que la sphère des sociétés familiales, assez concentrée sur la consommation, a souffert.
Dernièrement, nous avons investi le cash que nous avions accumulé suite à des prises de bénéfices. Plus particulièrement, il y a quinze jours, sur la dislocation que nous avons connue un lundi matin sur le marché, nous avons renforcé cette thématique capex, ces thématiques cycliques, et nous sommes revenus sur la partie financière, plus particulièrement bancaire.
Cela nous a permis ces derniers jours de reprendre du terrain. Nous avons mis un peu de bêta, tout en restant en adéquation avec notre vision longue : cette thématique capex qui devrait perdurer et être porteuse de croissance.
Gérald : Les performances ont donc été rattrapées par rapport à un début d’année plus compliqué.
Olivier Lefevre : Les performances ont été rattrapées par rapport à un début d’année un peu compliqué.
Gérald : Dernière question : considérez-vous votre fonds comme un cœur de portefeuille ou plutôt comme un satellite qualitatif ?
Olivier Lefevre : Nous sommes sur une gestion de convictions assez ramassée. Aujourd’hui, il y a 34 à 37 sociétés en portefeuille, avec un active share au-delà de 80 %. Nous sommes vraiment dans une gestion de convictions. Pour moi, c’est donc une gestion satellitaire.
Gérald : Merci beaucoup Olivier, c’était très clair. À une prochaine, j’espère. De notre côté, on se retrouve sur Zoom Invest pour une prochaine interview Face à Face avec un autre gérant. Merci à tous.