Actions
1Obligations
1Flexibles
1L'essentiel de l'actualité patrimoniale et financière pour les CIF, chaque matin dans votre boîte mail.
Entretien avec David Charlet sur Règlementation, regroupements, fiscalité… L’actualité de l’ANACOFI.
Benjamin : De retour à Patrimonia 2024. Nous avons le plaisir de recevoir David Charlet, président de l’ANACOFI. Bonjour David.
David Charlet : Bonjour.
Benjamin : Patrimonia 2024, un bon millésime ? Ça se passe bien ?
David Charlet : On a du monde dans les travées, on a du monde sur les stands. Et en plus, nous, en tant qu’association, on n’a rien à vendre. Si les gens viennent nous voir, c’est qu’ils ont juste envie de venir échanger.
Benjamin : Dans un premier temps, pouvez-vous nous donner un peu l’actualité de l’ANACOFI ? Qu’est-ce qui s’est passé en 2024 ?
David Charlet : L’actualité de l’ANACOFI continue à découler, un peu de moins en moins mais quand même, de la réforme du courtage, puisqu’on doit intégrer énormément d’entreprises en deux ou trois ans. Si on pense aux années pendant lesquelles on va améliorer un peu les services, on est quand même passé d’à peu près 3 200 entreprises à presque 8 000.
L’actualité est encore marquée par cela : les corrections sur des CRM, des équipes qui ont été renforcées, mais il faut finir que les salariés soient formés. Et puis il faut essayer de faire que nos membres viennent vivre avec nous. Parce que ces 5 000, ou un peu moins de 5 000 nouvelles entreprises, doivent s’habituer à leur association.
Beaucoup sont venus, il ne faut pas se le cacher, parce que la réforme les y a obligés. Certains n’ont même pas de vision des services que peuvent apporter les associations, parce que toutes en apportent. Donc l’actualité, c’est beaucoup cela : finir cette intégration, donner cette rondeur dans la relation entre l’association elle-même et ses membres.
Après, on a des actualités événementielles, qui vont avec la manière dont on anime nos territoires. On essaie de réformer, pas de supprimer ce qui marchait bien, mais de s’adapter. Les gens sont moins en présentiel, ont moins envie de se déplacer. Cela ne veut pas dire qu’ils n’ont envie de voir personne. Donc on essaie d’adapter ce genre d’éléments de la vie de l’association.
On a aussi l’actualité des négociations, bien sûr, puisque notre fonction, c’est de représenter. Tout ce qui est représentation redémarre. On n’avait plus de gouvernement, cela va redémarrer. Il y a des travaux à Bruxelles, donc on a aussi toute cette actualité réglementaire.
Benjamin : Les commissions vont continuer ?
David Charlet : C’est la grande marotte depuis 15 ou 10 ans. En fait, les travaux sur la rémunération ont commencé à la fin des années 90 à Bruxelles. Dès le début des années 2000, on a commencé à nous dire : attention, c’est chaud. En réalité, sauf à de petits moments, cela n’a jamais vraiment été chaud.
La suppression n’a eu quasiment aucune chance de passer. En revanche, l’accompagnement de ce qui permettait de les obtenir s’est durci. La manière d’analyser des autorités européennes s’est durcie. On est passé au départ d’un sujet autour de l’acceptation du client, puis petit à petit, on est allé vers des thématiques de conflits d’intérêts dans la réflexion des fonctionnaires et des politiques.
Malheureusement, je pense que cela ne s’arrêtera jamais. Alors qu’en fait, le seul débat qui devrait exister, c’est un débat sur les prix. Le débat sur les prix est légitime, mais le débat sur le modèle économique ne l’est pas. On ne vole pas d’argent parce qu’on touche des commissions. On ne vole pas plus d’argent quand on fait des honoraires, ou on n’en volerait pas moins. Donc parlons du prix, oui, mais laissez les professionnels et les utilisateurs du service tranquilles.
On n’éteindra jamais ce débat. Si on l’éteint là, dans la négociation en cours, on l’éteint pour une dizaine d’années. Cela ne veut pas dire qu’il sera totalement éteint et qu’il ne reviendra pas. Cela fait plus de 20 ans que ce débat est officiellement ouvert. Encore une fois, parlons du prix, mais ne parlons pas du modèle, c’est stupide.
Benjamin : Les CGP ne sont pas des escrocs.
David Charlet : Pas plus que l’univers des courtiers. Quand on regarde les incidents devant les médiateurs ou devant la justice, le médiateur de l’assurance a quasiment 35 000 saisines par an. Les courtiers, c’est 100 saisines pour une part de marché supérieure à 10 %. On devrait en avoir 3 500, on en a 100.
Ni les courtiers ni les CGP ne sont des escrocs. De temps en temps, il y en a un qui va faire une erreur ou une faute. Mais ceux qui ont bâti de vraies escroqueries, il faut quand même se rendre compte qu’en s’y mettant tous, la pire des années, ils ont provoqué des dégâts à peine égaux à une erreur de validation de frais d’une seule société de gestion la même année. Donc du calme. Il y en a certainement, mais comparativement aux autres univers, apparemment, il y en a moins.
Benjamin : On a reçu vos confrères présidents d’autres chambres, qui nous ont donné leur avis. Quel est votre avis sur le marché des CGP pour 2025 à l’ANACOFI ?
David Charlet : Il y a un constat : une génération se retire. On a des concentrations, des réorganisations à plusieurs. On a aussi encore plein de cabinets qui ne souhaitent pas participer à cela, mais qui achètent du service. Ils achètent des outils, des abonnements, des prestations de sociétés de conformité plus qu’avant. Cela s’est vraiment développé.
Mais il y a quand même une génération qui se retire. Du coup, pas mal de cabinets disparaissent pour plein de raisons, plus que la moyenne. On l’a vu l’année dernière, on le voit encore cette année, et il n’y a pas de raison que cela change en 2025.
Par contre, on a toujours énormément de créations. Elles sont supérieures aux arrêts. Donc cela crée un marché de la gestion de patrimoine très dynamique en termes d’entreprises.
Après, si on parle de leurs prestations et de business, il va falloir attendre un peu de savoir ce que le gouvernement fait. La RIS, le texte européen, même s’il n’était pas celui que l’on souhaite, n’aurait pas d’effet immédiat, ne serait-ce que parce qu’il serait appliqué entre 36 et 48 mois après sa promulgation. Ce n’est pas immédiat.
En revanche, les décisions de notre gouvernement et la situation de marché peuvent peser. On voit bien que l’immobilier, ce n’est pas la fête. S’il ne se trouve pas de solutions politiques pour améliorer les choses, cela va rester un univers pas terrible.
On nous parle aussi de fiscalité. La fiscalité, c’est un gros travail pour les CGP, c’est aussi un vecteur de clients. Il faudra voir. Si on nous remet l’ISF, c’est une connerie et on le pense vraiment, mais on vient de rallumer notre meilleur vendeur. On a tous fait du business grâce à l’ISF, parce que les gens cherchaient un conseiller. Là, on a vraiment besoin de connaître les décisions de ce gouvernement, pour autant qu’il survive trois, quatre ou six mois, afin qu’il se passe quelque chose.
Benjamin : Merci beaucoup David. Bon Patrimonia 2024, et à très bientôt sur les antennes de Zoom Invest.
David Charlet : À bientôt, merci.