Actions
1Obligations
1Flexibles
1L'essentiel de l'actualité patrimoniale et financière pour les CIF, chaque matin dans votre boîte mail.
Dans ce Face à Face, Emeric Blond, gérant actions chez Tailor Asset Management, détaille l’organisation de la gamme actions et la philosophie de gestion appliquée aux fonds de la maison.
L’entretien met l’accent sur la méthode multithématique adaptative, son utilisation sur les Small & Mid Caps européennes et la manière dont Tailor Actions Entrepreneurs cherche à composer son portefeuille en fonction des thèmes, du momentum et des contraintes de liquidité.
Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouveau Face à face sur Zoom Invest. Aujourd'hui, nous allons évoquer les actions européennes et plus particulièrement les petites et moyennes capitalisations qui ont, de nouveau, un peu plus la cote auprès des investisseurs depuis quelques mois. Pour ce faire, je reçois Emeric Blond, Gérant Actions chez Tailor Asset Management. Bonjour Emeric. Bonjour. Alors pour démarrer, j'aimerais bien que vous nous resituez un petit peu Tailor Asset Management, qui vous êtes, quelle est votre philosophie et quelle est votre gamme sur les fonds actions ?
Alors Tailor, je vais dire AM pour faire plus court Tailor AM On va dire que c'est une petite maison de gestion parce qu'on a quand même 1,2 milliard d'encours sous gestion répartis sur plusieurs gammes de produits diversifiés, obligataires, actions. Et c'est vrai que, en ce moment, on parle beaucoup d'une gamme, la gamme Actions qui fait une performance intéressante, une performance intéressante appuyée sur une méthodologie intéressante. Et c'est vraiment ça qu'aujourd'hui on met en avant. Donc c'est une gamme qui est composée de trois produits. Il y a un produit Large Cap US qu’on vient de lancer. Fin octobre. Son pendant européen, Large Cap Europe Tailor Actions Avenir L’autre était Tailor Actions USA.
Et on a le dernier : Tailor Actions Entrepreneurs, qui est, lui, le fonds Small & Mid Cap Europe. Donc c'est sur celui ci qu'on va plutôt se concentrer aujourd'hui. Mais avant cela, j'aimerais que vous parliez un peu de votre méthodologie puisque vous aviez évoqué une méthodologie « unique » au sens seul. Alors, unique peut être aussi exceptionnelle, vous allez nous l'expliquer. Est-ce que cette méthodologie unique, elle est vraiment propre à tous les fonds et elle est appliquée de la même façon à tous ces fonds, ou est ce qu'en fonction des univers que vous avez décrits, elle va quand même être un peu différente puisque cette méthodologie que vous appelez « thématique multi adaptative », normalement elle s'applique partout.
Alors dites nous en un peu plus. C'est une méthodologie qui est applicable à tous les fonds actions qu'on a dans notre gamme mais qui, si on cherchait bien et si on créait d'autres fonds, pourrait éventuellement s'appliquer sur d'autres géographies, par exemple les émergeants. Mais ce n'est pas le projet actuellement. Aujourd'hui, on se concentre sur ce qu'on sait faire. C'est une méthodologie qui est la multi thématique adaptative. Une multithématique qui en fait est le fruit de mon expérience par le passé. J’ai commencé en tant que gérant thématique et Small Cap.
Après, j'ai rajouté des cordes à mon arc, en changeant de maisons de gestion, et on m'a rajouté des fonds en plus de ce que j'avais déjà sur d'autres thématiques et sur d'autres pans de cote et d'autres zones géographiques. Donc je me suis retrouvé à la fin avec 5-6 fonds. Mais ça m'avait apporté effectivement une expérience un petit peu transversale où je voyais pas mal de choses. D'un point de vue de la génération de performance, malgré les efforts que je pouvais faire et la qualité des sociétés que je pouvais sélectionner, je constatais que pour les fonds thématiques, il y avait des effets cycles et donc, effectivement, c'est un univers dédié, clos. On ne peut pas sortir d'un thème.
Donc quand on a les thèmes qui ont des cycles haussiers, c'est extrêmement bon pour nous. Il n'y a pas mieux pour faire de la performance. Et quand les thèmes ont des cycles qui se retournent, là c'est une catastrophe. Et ça, c'est effectivement, c'est important parce que les gestions thématiques, on l'a vu notamment dans les années 2020 où il y a eu un peu cet engouement. Alors, pour les plus anciens, il y avait avant les fonds thématiques, les fonds sectoriels, puis après, certains gérants bien inspirés se sont dit que ça pourrait être plus intéressant d'élargir en mettant plusieurs secteurs dans une thématique. Ça, c'est ce qui me semble important que vous nous expliquiez.
C'est comment est ce qu'on fait pour éviter ces retournements, ces rotations un peu violentes qui font qu'on est sur un thème ou sur deux ou trois thèmes qui marchent bien et qui en profitent vraiment. 2020, 2021... Et puis tout d'un coup, 2022 arrive et là, le thème peut se faire emporter par un facteur commun. En 2022, c'était la hausse des taux et puis, comme le thème était souvent valeur de croissance, boum ! Donc vous, comment vous faites ? Oui effectivement, moi ce que je constatais, c'est que, en étant prisonnier d'un thème, on en était prisonnier de ces effets de cycles. Et donc moi j'ai eu cette idée d'aller combiner plusieurs thèmes puisqu’à l’époque, je gérais plusieurs thèmes aussi.
Donc je m’étais dit mais pourquoi pas combiner plusieurs thèmes et faire en sorte de par la combinaison, ces thèmes avoir des effets qui permettent d’additionner la dynamique haussière ou démultiplier cette dynamique haussière, si effectivement tous les thèmes marchent en même temps. Mais essayer de faire en sorte que ces thèmes se complémentent en termes de génération de performance. Et après, effectivement, à charge pour le gérant selon des signaux faibles ou plus ou moins forts, qui va aller capter via son son réseau d’informations, les brokers, etc.
Selon cette actualité, à charge pour moi, gérant et mon équipe de pouvoir arbitrer ces thèmes une fois qu'on estime que peut être le vent dans les voiles va être moins fort ou qu'effectivement on va avoir un retournement de momentum autour du thème. Donc c'est vraiment à charge pour nous d'arbitrer la composition du portefeuille sur l'angle thématique. Alors, si j'ai bien compris votre façon de travailler, il y a, de mémoire, trois grands piliers et au sein de ces grands piliers, il y a des thèmes différents. Oui, ces trois piliers thématiques, en fait, c'est démographie, rupture et environnement, Que l’on va ensuite aller fragmenter en thèmes, sous thèmes, sous sous thèmes.
Il y a quatre niveaux de fragmentation, et cela va nous apporter une certaine granularité dans la sélection des thèmes, une pertinence pour effectivement bien sélectionner des thèmes qui vont pouvoir être les plus à même d'affronter l'actualité qu'on identifie autour de ces grands thèmes. Si cette méthodologie peut s'appliquer aux différents univers, je suppose qu'elle n'est pas forcément appliquée de façon stricte en termes de pondération de chacun de ces piliers/thèmes en fonction des univers. Je me fais comprendre, typiquement sur les actions américaines, donc le fonds le plus récent, on peut imaginer que certains thèmes ou piliers sont plus représentés que dans un fonds petites et moyennes valeurs européennes en fonction du segment.
Est ce que c'est le cas ? Typiquement, rupture peut être plus important que démographie dans l'un ou dans l'autre des fonds ? Est ce qu'il y a des limites en % de ces piliers ? Vous vous dites ça sera toujours un tiers, un tiers, un tiers. Comment vous vous gérez ça ? Pour une raison très précise. Pour cette raison très précise, on a designé le fonds américain selon un autre angle d'attaque que celui des fonds européens. C’est une stratégie equal weight. On va donc s'inspirer de la composition du MSCI USA equal weight, donc notre indice de référence.
Et ça va nous permettre effectivement de lisser, pas gommer complètement, mais lisser un petit peu les biais de pondération des différents secteurs et éviter de se retrouver avec 30-40 % de valeurs technologiques au sein du portefeuille. Mais n’en avoir plus que 15-20%. Donc effectivement, on va avoir cette approche un peu plus raisonnée parce que le marché américain, c’est assez spécifique. Mais après, en pondération au niveau des choix, des thèmes, là, ça n'a pas vraiment beaucoup changé, ça va changer, ça change surtout en fonction des idées et peut être aussi des des moments de départ, de démarrage de ces différents thèmes.
Certains thèmes peuvent démarrer un peu en amont, en amont de phase par rapport à l'Europe, avant aux Etats-Unis qu'en Europe et l’inverse peut être vrai. J’aimerais revenir quand même sur ce dont on a parlé au tout début. On va recentrer, les petites et moyennes capitalisations européennes. Donc le fonds Tailor Actions Entrepreneurs. Aujourd’hui, comment est ce que ce fonds se positionne et quels sont les piliers/thématiques ou thèmes et sous thèmes qui sont mis en avant ? Dites nous en un peu plus, comment est ce que vous gérez ce fonds aujourd'hui. Ce fonds donc est géré comme les autres et géré selon une méthodologie, cette méthodologie, on va sélectionner les valeurs et les grands thèmes.
Donc c'est un thème picking au départ Et après nous, ce qu'on va faire, c'est au sein de ces thèmes, on a balisé un petit peu l'environnement, on sait quelles valeurs on va sélectionner. Et donc on va aller sélectionner les valeurs propres aux fonds Small & Mid Cap adaptées notamment en termes de market, de taille, de capitalisation. Donc, on va adapter effectivement la typologie de valeur qui va entrer dans ce fonds là. Je le rappelle, c'est un fonds PEA-PME, donc on a quelques contraintes à ce niveau là. Malgré les typologies de valeurs Small & Mid, on va quand même s'attacher à préserver certains paramètres, notamment de liquidité, de flottant.
C'est vrai que moi j'ai vécu la crise financière avec les corners de liquidité Sur les Small & Mid Cap au moment où la bulle a éclaté, j'étais un peu traumatisé par ça. On a des ratios prudentiels en interne qui sont quelque part auto imposés. Au moment où on a conçu un peu la méthodologie, on s’est dit qu’on allait pas descendre sous un certain seuil de capitalisation. On va faire attention à ces critères de liquidité. L'idée de la méthodologie, c'est quand même d'être assez tactique, souple et rapide, décisif. On doit pouvoir prendre des décisions, on va arbitrer peut être qu’un thème peut avoir 20 ou 25 % de pondération sur les portefeuilles à un moment donné et on va aller arbitrer, mais en 24 h.
Donc il faut aller vite, il faut avoir ce marqueur de liquidité pour pouvoir effectivement agir de la sorte. Et donc, dans ce fonds, aujourd'hui par exemple, quel est le pilier thématique le plus représenté ? Même si ça peut changer en 24h, Exactement, ça se joue à quelques pouièmes de % parfois. Mais effectivement, en ce moment, les thèmes bien représentés : transition énergétique, les réseaux électriques, la génération d'énergies propres, donc les ENR. On pourrait parler aussi d’infrastructure, construction. On a des banques aussi qui sont toujours des sujets intéressants et donc voilà, ce sont les grands thèmes qu'on joue actuellement, on a un petit peu de semi (conducteurs) aussi.
Sur les petites et moyennes capitalisations, c'est vrai qu'on a eu un désamour pendant un certain nombre d'années. Il y a eu peut être un ou deux faux départs l'année dernière. Là, ça va de nouveau un peu mieux depuis quelques quelques semaines. Est ce que quand on est gérant petites et moyennes valeurs actions européennes, on se dit aujourd'hui cette fois c'est la bonne et il y a une décote de valorisation qui est historique. Il faut en profiter. Et comment on se distingue en dehors de la méthodologie peut être, même si je pense que vous allez me répondre, c'est la méthodologie, notamment, de ses camarades, parce qu'il y a sur la place de Paris beaucoup d'acteurs qui investissent ce segment de la cote.
Oui, alors je ne vais pas commenter ce que mes collègues font. Non, pas du tout, mais comment vous vous distinguez. Beaucoup sont très compétents. Mon approche, moi j'ai été élevé effectivement avec cette doctrine bottom up, j'ai commencé comme ça stock picking, sélection des valeurs, qualité. Mais c'est vrai qu'en voyant les marchés évoluer, on a On n'en a pas parlé, mais effectivement les flux ont beaucoup changé. Une partie des flux a été dédiée aux Small & Mid Cap, ont été captés par le Private Equity et maintenant, ils sont captifs par le Private Equity. L’autre partie des flux, en fait, sont devenus passifs en grande partie. Quand j'ai commencé, c'était un peu moins de 20 % de flux passifs.
Donc c'est tous ces produits un peu structurés, quantitatifs, les ETF, trackers, etc. Et maintenant, le ratio est complètement inversé. Du coup ça crée des mécanismes de concentration des flux et de mouvements un peu épidermiques par rapport à l’actualité des indices qui vont effectivement dévisser dans des mécanismes auto entretenus. Voilà, il y a ces mouvements de flux qui font que aujourd'hui, le stock picking traditionnel, moi je considère que cette approche là fonctionne moins bien qu’avant. Donc il faut la cadrer. Il faut la cadrer, et cette méthodologie, effectivement, intervient aussi dans ce recadrage.
C’est une combinaison de gestion globale et de gestion thématique donc on va prendre le meilleur des deux mondes, et tenir compte du momentum et avoir cette approche multi thématique. Et dans le fonds Tailor Actions Entrepreneurs, comment ça se traduit ? Et on va essayer effectivement de composer le portefeuille tel que on décrit l'actualité ou le momentum actuel. Et donc c'est une construction de portefeuille qui va effectivement bouger très régulièrement. Donc là il faut accepter effectivement un taux de rotation un peu plus élevé. Mais l'idée est cette génération de performance un peu en continu, en tout cas le plus possible en continu et parfois avec des à coups de surperformance.
Alors Emeric, on a bien compris la méthodologie, on comprend le concept et votre façon de gérer, maintenant les résultats de cette gestion sur le fonds Tailor Actions Entrepreneurs ça donne quoi sur un, trois et cinq ans ? C'est des bonnes performances. Alors c'est vrai qu'on a beaucoup attendu. On a on a essayé de faire en sorte d'avoir suffisamment de recul pour pouvoir commercialiser le fonds, évoquer la performance pour voir effectivement si la méthodologie, qui est unique, elle n'est appliquée nulle part ailleurs, voir si effectivement tout ça a fonctionné Parce que c'était une belle théorie, mais effectivement, il fallait la mettre en pratique.
Au niveau des performances, C'était des très bonnes performances sur le fonds Small & Mid Cap dont on parle aujourd’hui. C'est les performances, là sur un an glissant, qui sont autour de 47 % à trois ans glissant, c'est 70 % et à cinq ans glissant, c'est 94 %. Donc les Small Cap ne sont pas mortes. Donc, effectivement, il y a eu, comme vous le disiez, des faux départs Small & Mid Cap. Pour beaucoup de gens, enfin beaucoup d'observateurs de ces marchés là, évoquaient la question de flux. Je ne suis pas sûr que ce soit toujours très vrai. Il faut effectivement ne pas s'attarder.
Enfin voilà, le propre de la méthodologie, c'est de dire les flux, on ne fait pas attention à ça, on va aller effectivement harmoniser le fonds en fonction de ce qui se passe. Mais effectivement, les flux ne sont pas une excuse pour ne pas faire de la performance. C'est quelque chose qu'on ne veut pas aller apporter aux clients de cette façon là. C'est très clair. Merci beaucoup Emeric. Merci de nous avoir éclairés sur cette gestion. Tailor Asset Management et plus spécifiquement les petites et moyennes capitalisations européennes. Je pense que ça a été assez clair pour tout le monde. Je vous remercie et nous vous remercions de nous avoir suivis et on vous dit à bientôt pour un nouveau Face à face sur Zoom Invest.