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L’accalmie au Moyen-Orient et la réouverture du détroit d’Ormuz ont favorisé le reflux des prix de l’énergie et atténué les pressions inflationnistes. En parallèle, la Fed de Kevin Warsh adopte une approche plus pragmatique, tandis que l’essor de l’IA soutient un cycle d’investissement massif dans les semi-conducteurs, les centres de données, les infrastructures électriques et les métaux stratégiques. Les gains de productivité attendus devraient l’emporter, confortant le scénario d’une économie américaine innovante, avec des taux durablement élevés et des actifs technologiques toujours privilégiés.
Par Sébastien Grasset, Directeur Général
Le rapport sur l’emploi américain de juin a confirmé le ralentissement du marché du travail, avec seulement 57 000 créations d’emplois, confortant l’idée d’une Fed plus patiente. Les investisseurs ont privilégié le scénario d’un ralentissement sans récession, favorisant la détente des taux, du dollar et soutenant les marchés actions. Ce regain d’optimisme a été soutenu par des indicateurs d’activité plus solides qu’attendu dans plusieurs régions du monde et par les propos de Kevin Warsh, qui a confirmé sa vigilance sur l’inflation tout en soulignant les effets désinflationnistes du repli des prix de l’énergie. Nous restons néanmoins vigilants face au risque de remontée des taux japonais, susceptible de favoriser le rapatriement des capitaux vers le Japon et d'exercer une pression haussière sur les taux mondiaux.
Hier, l’OPEP+ a annoncé une nouvelle hausse de sa production à compter d’août. Combinée à la normalisation du trafic dans le détroit d’Ormuz, cette décision devrait contenir les prix du pétrole, soutenir la désinflation et rester favorable aux obligations comme aux actifs risqués.
Cette semaine devrait permettre de valider le scénario de marché dominant : ralentissement modéré de l’économie, désinflation progressive et Fed patiente. Les investisseurs surveilleront particulièrement l’ISM Services (lundi), les minutes de la Fed (mercredi) et les inscriptions hebdomadaires au chômage (jeudi) afin de confirmer cette lecture.
Si l’on essaie de prendre un peu de hauteur après le « choc Ormuz » et dans le contexte de la guerre d’invasion de l’Ukraine par la Russie et des pressions trumpiennes (droits de douane, doctrine Donroe…), ces récentes perturbations de l’ère post-Covid-19 mettent en lumière la nécessité de la sécurisation des ressources et des chaînes d'approvisionnement stratégiques. La compétition se déplace désormais vers les voies maritimes et les points stratégiques que sont les détroits et canaux, par lesquels transite l'essentiel du commerce mondial (80 % du volume des marchandises échangées dans le monde), et vers l'espace, devenu indispensable aux communications, à la défense, à l'observation et à la souveraineté technologique.
Cette compétition met également en exergue le combat pour une ressource essentielle et même vitale : l’eau. Produire 1 litre de bière à Monterrey (Mexique) consomme 4 litres d’eau issus de nappes phréatiques sous tension et le Mexique est le premier exportateur mondial de bières avec, comme premier client, les Etats-Unis. Cela laisse songeur alors qu’une crise aiguë et durable liée aux ressources en eau entre le Mexique et les Etats-Unis apparaît de plus en plus probable. On pourrait multiplier les exemples en pointant les zones de stress hydrique sur un planisphère.
L’essor de l’IA fait également émerger l’eau comme une ressource stratégique. Un grand data center peut consommer plusieurs centaines de millions de litres par an pour refroidir ses infrastructures. La production de métaux conducteurs et de semi-conducteurs est elle aussi fortement consommatrice de ressources hydriques. À l’horizon 2030, l’eau pourrait devenir un enjeu géopolitique aussi sensible que l’énergie, le cuivre (principal métal conducteur utilisé dans les infrastructures électriques, dont le cours est passé d’environ 4 500 dollars la tonne il y a dix ans à plus de 10 000 dollars aujourd’hui) ou encore les matières premières stratégiques et critiques telles que le lithium, l’uranium, le gallium, l’antimoine, le germanium et le quartz de haute pureté. De nombreux procédés de production, qu’il s’agisse de transformer la bauxite en aluminium ou d’extraire le lithium à partir de saumures salines, illustrent ces interdépendances croissantes et laissent entrevoir de futures tensions sur les ressources en eau.
Lorsque la demande croît plus vite que l’offre, la rareté s’installe et les prix montent. L’enjeu des prochaines années sera de savoir si les ressources en eau, en énergie, en métaux stratégiques et en puissance de calcul pourront suivre le rythme de la 4ème révolution industrielle, celle de l’internet des objets (IoT), de l’IA et de la robotique connectée. Autre enjeu : celui des câbles sous-marins, qui acheminent près de 99 % du trafic mondial de données. Si ASN et Orange Marine figurent parmi les leaders du secteur, les GAFAM financent et contrôlent une part croissante de ces infrastructures ainsi que des grands hubs numériques. Dans ce contexte, les méta-facteurs climatiques et géopolitiques pourraient raviver les tensions sur les ressources stratégiques. La géopolitique des océans (sécurisation des détroits et canaux, exploitation de nouvelles routes maritimes liées au réchauffement climatique, maîtrise des principaux ports mondiaux, contrôle des ressources halieutiques, en hydrocarbures et en minerais rares) devrait peser de plus en plus sur l’économie et les marchés. Pas certain que la convention de Montego Bay de 1982 ou encore le Traité sur la Haute Mer de 2023 résistent longtemps aux différends grandissants entre Etats.
Selon l’ONU, l’essor de l’intelligence artificielle pourrait conduire à un doublement des besoins en eau et à un triplement de la consommation électrique des centres de données d’ici 2030. C’est considérable même si leur consommation reste bien inférieure à celle de l’agriculture. Leur impact dépend fortement des technologies de refroidissement et du mix énergétique local, une partie de l’eau étant utilisée indirectement pour produire l’électricité nécessaire aux serveurs. Ces thématiques constituent déjà des opportunités d’investissement de long terme même s’il faut faire attention aux prises de profit sur des sociétés ayant déjà bien progressé dans les domaines de l’électrification et de l’énergie au, sens large. Félicitons-nous du mix énergétique français. Grâce à son parc nucléaire, la France dispose d’un avantage compétitif pour accompagner l’essor de l’IA. L’eau reste toutefois au cœur de l’équation : essentielle au refroidissement des centres de données comme des centrales nucléaires, sa disponibilité pourrait devenir aussi stratégique que l’accès à l’électricité lui-même.
Ce besoin crucial d'indépendance énergétique et technologique s'inscrit pleinement dans la dynamique de souveraineté portée par l'Union Européenne, qui y a déjà engagé plus de 1 500 milliards d'euros de financements publics et privés. Notre fonds European Shield Fund devrait en tirer parti.