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Une croissance européenne atone, des Etats-Unis sous surveillance, la revanche des pays émergents… Le point sur les perspectives 2026 des gérants d’actifs.
Comme à chaque mois de décembre, les gérants d’actifs présentent leurs bilans de l’année et leurs perspectives pour celle à venir. L’exercice n’est pas facile, synthétiser l’ensemble des parutions est impossible, mais de grandes tendances émergent.
Covid-19, guerre en Ukraine, inflation… Cinq ans de chocs de natures diverses ont habitué les investisseurs à une instabilité chronique. Dans certains pays, comme en France, le facteur politique ajoute une couche supplémentaire de risque.
Sur le plan financier, Ostrum AM rappelle qu’après trente ans de « grande modération », les équilibres économiques mondiaux « se redessinent ». Cette période est notamment marquée par la déglobalisation des chaînes de valeur et accélérée par les orientations protectionnistes de l’administration américaine. D’un gérant à l’autre, les estimations du PIB mondial l’année prochaine varient entre 2,6% et 3%. Comme Carmignac , beaucoup estiment qu’il sera essentiellement porté par le triptyque « IA, sécurité nationale et creusement des déficits publics ». Globalement, tous s’attendent à ce que les banques centrales poursuivent leurs politiques d’assouplissement monétaire, bien que leur rythme puisse ralentir. Dans le détail, un taux de 3% est attendu pour la Fed avec une seule baisse, quand ceux de la BCE sont attendus autour de 2%.
La pression s’accroît sur l’économie américaine. Son hégémonie sur la croissance mondiale cette année a été incontestée, en dépit des chocs des premiers mois et des hausses brutales de droits de douane. Mais 2026 s’annonce sous d’autres auspices… « La modération du marché de l’emploi au second semestre » invite à la prudence, alerte Kepler Cheuvreux , qui estime qu’elle pourrait même « briser le cercle vertueux entre confiance liée à l’emploi et dépenses de consommation ». Ses analystes s’inquiètent également de l’impact des élections de mi-mandat. Bien qu’elles ne soient prévues que pour fin 2026, elles mettent déjà le clan Républicain sous tension et devraient façonner l’agenda politique du premier semestre.
Carmignac, qui s’attend à ce qu’elles infligent carrément une « débâcle » au parti présidentiel, parie sur une réaccélération de la croissance autour de 2% « grâce aux provisions fiscales de la Big Beautiful Bill et aux récents assouplissements monétaires de la Fed ». A l’inverse, Pictet AM anticipe un ralentissement à 1,5% (après 1,8% en 2025) qui pourrait être compensé par une reprise de l’Europe, ainsi qu’une inflation en hausse à 3,3% (contre 2,9%).
Ostrum AM pointe un autre événement à prendre en compte : « La décision attendue de la Cour suprême américaine au premier trimestre sur la légalité des tarifs douaniers pourrait toutefois modifier la trajectoire du commerce mondial : une désescalade forcée ouvrirait la voie à un rebond des échanges ».
Pressé par la politique et la hausse anticipée du chômage (du fait notamment des progrès de l’IA), plusieurs experts prévoient que Trump joue à nouveau la carte de la relance pour stimuler l’économie (chèques aux ménages, subventions pour l’achat d’assurance santé…), en plus d’influencer la stratégie de la Fed, qui changera de président en mai.
Malgré sa performance boursière cette année, l’Europe ne convainc pas encore totalement les stratégistes, qui doutent beaucoup de la robustesse de sa croissance. Raphaël Gallardo, économiste en chef de Carmignac, estime que les moteurs traditionnels de la zone (exportations et investissement privé) sont « structurellement affaiblis », mais qu’un « activisme budgétaire synchronisé » pourrait engendrer une reprise « convenable » en 2026.
Axel Botte, directeur de la stratégie marchés d’Ostrum AM, juge que les politiques budgétaires des Etats pourraient avoir un effet positif sur la reprise de la zone euro. Il cite notamment les plans d’investissement en Allemagne, qui « assumera un déficit public durablement supérieur à 3 % du PIB ». L’Espagne constituerait toutefois le moteur de la croissance : « C’est le seul pays à combiner vertueusement investissement privé et exportations de services à forte valeur ajoutée », appuie Raphaël Gallardo, grâce notamment à un afflux de migrants qualifiés venant d’Amérique latine. « Un atout qui ne durera pas éternellement et qui ne peut être reproduit par ses voisins », prévient-il néanmoins.
La croissance européenne est attendue autour de 1% par les différentes sociétés de gestion.
Les gérants prévoient de s’exposer à l’Asie de manière prudente. La trêve commerciale d’un an entre la Chine et les Etats-Unis a abaissé les tensions entre les deux puissances. Mais ces accords restent fragiles, prévient Generali AM : « La hausse des droits de douane américains à leur plus haut niveau depuis près de 100 ans a bouleversé le commerce mondial. En réponse, la Chine menace de limiter ses exportations de terres rares et de minéraux stratégiques, ce qui pourrait perturber les chaînes d’approvisionnement ».
Sur le plan intérieur, le krach de l’immobilier chinois pèse encore sur l’économie, au point que Pékin pourrait mettre l’accent sur la stimulation de la consommation des ménages, comme le considère Sycomore AM. Cela « pourrait profiter de manière significative aux secteurs liés à l’urbanisation durable, aux services numériques, à l’éducation et aux soins de santé » et « favoriser un modèle de croissance plus résilient et tiré par la demande intérieure », prévoit la société de gestion.
Après ses envolées boursières cette année, l’intelligence artificielle devrait logiquement continuer de donner le tempo des marchés actions en 2026. Mais les alertes des différents gérants invitent à une approche bien plus prudente désormais. L’IA entre dans une ère de défis, qui fera des gagnants et des perdants. La rentabilité de ses champions, loin d’être encore atteinte, commence à inquiéter les investisseurs qui demandent des gages.
Pour une entrée plus douce sur le marché, Fidelity recommande de considérer l’Asie. « Les entreprises technologiques taïwanaises et coréennes occupent une position essentielle dans la chaîne de valeur de l’IA, tout en affichant des multiples de valorisation plus raisonnables que leurs homologues américaines », appuie Carmignac. Elle cite notamment la Chine qui développe son propre écosystème et le Japon et la Corée qui montent en puissance dans les semi-conducteurs. La société écarte le risque de bulle et ajoute que les investissements dans le secteur passent désormais par le crédit qui « impose une discipline naturelle, limitant les risques d’excès de valorisation ».
Si tous les regards sont tournés vers l’IA, les investisseurs devraient tout de même pouvoir trouver des relais de performance dans d’autres secteurs. « La santé est enfin redevenue investissable » estime Aymeric Gastaldi, gérant actions internationales d’Edmond de Rothschild AM, précisant qu’il faut rester sélectif sur la chaîne de valeur (medtech, fabricants d’instruments…). Nous avons davantage de visibilité sur les barrières douanières américaines », ajoute-t-il. « L’industrie a agi pour répondre aux demandes de Trump en matière de baisse du prix des médicaments et d’investissements aux États-Unis », appuie Kepler Cheuvreux. Le secteur offre des valorisations attractives et une exposition à une thématique structurelle (vieillissement de la population, obésité). Sa faible corrélation avec la tech en fait une bonne source de diversification.
L’instabilité politique internationale devrait aussi continuer de créer des opportunités dans la défense, à condition de « regarder au-delà des acteurs les plus en vue », estime Carmignac. L’envolée des cours de Bourse et des valorisations élevées suggèrent un marché largement porté par le momentum plutôt que par les fondamentaux. La société conseille de s’y exposer via le crédit investment grade, en ciblant des entreprises européennes en forte croissance.
Les marchés obligataires mondiaux pourraient s’avérer plus compliqués à naviguer l’année prochaine. D’après Pictet AM, leur principal risque est le « raidissement significatif des courbes des taux » qui pourrait « augmenter la prime de risque d’inflation ». La dette souveraine n’a plus grâce aux yeux de plusieurs investisseurs. En cause, la dégradation des finances publiques de plusieurs Etats, comme la France certes, mais aussi les Etats-Unis, le Royaume-Uni ou bien encore le Japon. La perspective de les voir s’enfoncer davantage pousse certains gérants à se dégager du marché des obligations souveraines. Pictet assume une préférence pour les titres des pays émergents, dont les fondamentaux sont jugés plus solides : une inflation plus faible, une croissance économique plus élevée, l’appréciation des devises et la perspective de nouvelles baisses de taux des banques centrales (la société s’attend à une baisse de 150 points de base en moyenne). « Les obligations du Brésil et d'Afrique du Sud, où les taux réels sont encore largement supérieurs à 5%, affichent le potentiel le plus important, tout comme les marchés frontières, notamment l’Égypte et le Nigeria », estiment ses gérants.