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Pictet AM : et si les fragilités de l’économie américaine masquaient l’essentiel ?
Et si les fragilités de l’économie américaine masquaient l’essentiel ? Grâce à l’intelligence artificielle, les géants technologiques américains captent une part toujours plus importante de la création de valeur mondiale. Une domination qui justifie leur place centrale dans les portefeuilles.
Par Christopher Dembik, Senior Investment Adviser
Malgré les déséquilibres budgétaires et les incertitudes politiques, les actions technologiques américaines restent incontournables. L’essor de l’intelligence artificielle renforce leur capacité à capter une part croissante des profits mondiaux. Mais incontournable ne signifie pas exclusif : les opportunités se multiplient aussi dans le reste du monde, notamment sur les marchés émergents.
Les raisons de s’inquiéter des actions américaines ne manquent pas. Le déficit budgétaire fédéral devrait atteindre environ 1 900 milliards de dollars en 2026, soit 5,8 % du PIB, tandis que le déficit courant rappelle la dépendance des États-Unis aux capitaux étrangers. Il représentait 2,9 % du PIB au premier trimestre 2026 et devrait atteindre environ 3,8 % du PIB sur l’ensemble de l’année. La dette publique continue, elle aussi, de s’envoler et devrait atteindre 126 % du PIB cette année.
À cela s’ajoutent les tensions géopolitiques et commerciales, souvent alimentées par l’administration Trump - le dernier épisode en date concernant la menace de nouvelles taxes douanières de 50 % contre certains produits canadiens, ainsi que la perspective des élections de mi-mandat en novembre, traditionnellement source d’un regain de volatilité.
Dans ce contexte, la tentation est grande de considérer qu’après des années de surperformance de la bourse américaine, le moment est venu de réduire fortement son exposition aux États-Unis. C’est oublier à quel point l’intelligence artificielle change la donne économique.
Derrière les déséquilibres macroéconomiques américains, que personne ne peut nier, se cache une autre réalité : les États-Unis ne captent plus seulement une part disproportionnée de la croissance, de l’innovation et des capitaux mondiaux. Ils captent surtout une part croissante des profits. Pour un investisseur en actions, c’est finalement ce qui compte.
La capacité des États-Unis à rapatrier une part considérable de la création de valeur mondiale vers leurs entreprises explique, en grande partie, le succès du modèle américain. Les entreprises américaines achètent des composants en Asie, des machines en Europe et des matières premières partout dans le monde. Mais lorsque vient le moment de capturer la valeur ajoutée créée, une part croissante des bénéfices remonte vers les entreprises américaines. Depuis la fin de 2022, la part américaine dans les profits des pays de l’OCDE a bondi d’environ 50 % à près de 65 %, alors même que sa part dans les revenus reste globalement stable. Autrement dit, les États-Unis ne réalisent pas nécessairement une part beaucoup plus importante du chiffre d’affaires mondial. En revanche, leurs entreprises réussissent à dégager davantage de profits pour chaque unité de revenu.
Ce phénomène n’est pas nouveau. Il existe depuis plusieurs décennies, mais il s’est considérablement renforcé avec l’essor de l’IA. Celle-ci agit comme un multiplicateur de puissance économique. Elle permet aux entreprises américaines d’automatiser certaines tâches, de réduire leurs coûts, d’augmenter leur productivité, d’étendre leurs marchés et surtout de transformer des infrastructures numériques déjà dominantes en machines à profits. Microsoft, Nvidia, Amazon, Alphabet, Meta et les autres géants américains ne vendent plus seulement des produits ou des services. Ils contrôlent une partie croissante de l’infrastructure sur laquelle repose l’économie numérique mondiale. Chaque requête, chaque modèle, chaque agent autonome et chaque application d’IA consomme du calcul, du stockage, de l’énergie, des puces et des logiciels. Et, presque partout dans cette chaîne de valeur, une entreprise américaine prélève sa part.
Conséquence de tout cela, les États-Unis sont en train de construire leur propre cycle de rentabilité, partiellement déconnecté de celui des autres économies. C’est ce qui justifie, au moins en partie, pourquoi les actions américaines conservent une prime de valorisation importante et pourquoi elles restent incontournables dans un portefeuille d’investissement.
Évidemment, l’hégémonie américaine n’est pas éternelle. D’autres concurrents se profilent, notamment la Chine, qui mise beaucoup sur la convergence entre IA et robotique. Certaines de ses entreprises sont de véritables pépites. Prenons Unitree, spécialiste chinois de la robotique humanoïde, qui vient de faire son entrée à la Bourse de Shanghai à une valorisation exigeante – 219 fois ses bénéfices 2025. Avec cette opération, la Chine tient désormais son premier grand étalon coté de l’IA physique. C’est à surveiller. Mais, pour le moment, cela ne remet pas réellement en cause la puissance américaine dans l’IA et dans l’ensemble de son écosystème.
Les actions technologiques américaines sont incontournables. Cependant, elles ne peuvent pas représenter 100% d’un portefeuille. D’où l’importance de diversifier. Où regarder ? Les actions émergentes restent attrayantes, comme nous l’avions mentionné en début d’année. C’est d’ailleurs confirmé par l’évolution des flux de capitaux. En juin, elles ont attiré 7 milliards de dollars – soit le plus important flux annuel jamais enregistré. L’Asie émergente, après sa correction d’avant l’été, redevient attractive, tandis que l’Amérique latine conserve de sérieux atouts.
Un bémol, le Brésil, où la prudence s’impose à l’approche de l’élection présidentielle d’octobre. Le marché obligataire local et le Bovespa envoient deux messages contradictoires. Le premier, c’est un message de panique, avec un bond du taux de rendement de l’obligation d’État à 10 ans à 14 %, tandis que le second est proche de ses plus hauts historiques. Qui a raison ? L’histoire nous enseigne que c’est plus souvent le marché obligataire que les actions, donc prudence, surtout si les chances de réélection du président Lula da Silva continuent de croître, ce qui pourrait entraîner à terme un dérapage budgétaire.
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