États-Unis : la dynamique américaine refuse de plier, la perspective d'une hausse des taux ressurgit
- Politique monétaire : la semaine est marquée par un changement majeur à la tête de la Réserve fédérale, avec la confirmation officielle de Kevin Warsh par le Sénat pour succéder à Jerome Powell. Ce passage de relais intervient dans un contexte macroéconomique particulièrement délicat. Face à une inflation qui donne des signes de réaccélération et un marché de l'emploi qui refuse de plier, les anticipations des investisseurs ont radicalement changé. Le débat ne s'oriente plus vers des baisses de taux, mais bien vers la probabilité croissante d'une nouvelle hausse d'ici la fin de l'année.
- Géopolitique : le sommet très attendu à Pékin entre Donald Trump et Xi Jinping n'a débouché sur aucune annonce concrète ni avancée diplomatique majeure pour débloquer la crise iranienne pour le moment. En l'absence d'accord, la pression reste intacte sur le détroit d'Ormuz, laissant planer une menace constante sur les approvisionnements énergétiques mondiaux.
- Emploi : l'économie américaine maintient une dynamique de création de postes très solide, défiant les pronostics de ralentissement. Avec la création de 115 000 emplois en avril, le marché du travail prouve sa résilience. Par ailleurs, le taux de chômage reste stable, avec un niveau d'équilibre historiquement bas de 4,3 %.
- Inflation : les pressions sur les prix s'accentuent nettement, justifiant la prudence de la banque centrale. L'inflation globale (CPI) bondit à 3,8 % sur un an. Plus modérée, l'inflation sous-jacente (qui exclut les éléments volatils que sont l'énergie et l'alimentation) s'établit à 2,8 % sur un an au mois d'avril.
Zone euro : l'Allemagne patine alors que l'industrie italienne fait de la résistance
- Allemagne : l'industrie allemande continue de décevoir. La production industrielle affiche une baisse de 0,7 % en mars, toujours lourdement plombée par les coûts structurels de l'énergie et la faiblesse du secteur des machines-équipements. Les exportations, en revanche, font de la résistance avec une hausse inattendue de 0,5 % sur le mois de mars, principalement soutenue par la solidité de la demande au sein du reste de l'Union européenne. Après une période de fort ralentissement, le marché immobilier confirme un rebond notable avec des prix en hausse de 2,2 % au premier trimestre (une reprise qui concerne l'ensemble des secteurs : résidentiel, bureaux et commerces). L'inflation harmonisée accélère légèrement pour atteindre 2,9 % en avril (contre 2,8 % en mars).
- Italie : la péninsule crée une bonne surprise sur le front de la production industrielle, qui progresse de 0,7 % sur le mois de mars, portant sa croissance à +1,5 % sur un an. Le secteur manufacturier italien fait preuve d'une agilité et d'une résilience inattendues face au choc énergétique qui paralyse d'autres économies voisines.
- Royaume-Uni : le marché immobilier britannique montre des signes clairs de stabilisation face aux coûts de financement. Les prix n'enregistrent qu'un très léger repli de 0,1 % en avril. Lissée sur un an, la hausse ralentit logiquement mais reste en territoire positif, à +0,4 %.
Asie : les exportations sauvent la mise d'une économie chinoise plombée par sa demande interne
- Chine : du point de vue asiatique, la rencontre au sommet entre Xi Jinping et Donald Trump s'étant achevée sans la moindre avancée concernant le dossier iranien, les marchés, qui espéraient un apaisement diplomatique impulsé par Pékin, ont été grandement déçus. L'appareil productif fait face à une forte poussée des coûts. Les prix à la production (PPI) montent à 2,8 % sur un an, marquant un sommet inédit depuis près de 4 ans (attendus à 1,6 %). Par effet de contagion, l'inflation à la consommation (CPI) accélère également à 1,2 %, poussée mécaniquement par les tarifs de l'énergie et la hausse de l'or. Le marché intérieur reste le point faible de la reprise chinoise. Les ventes automobiles s'effondrent de 21,6 % sur un an. Symbole de cette frilosité extrême des consommateurs, même les ventes de véhicules électriques et hybrides reculent de 6,8 %, alors qu'ils représentent aujourd'hui plus de 60 % du marché domestique. À l'inverse de la consommation interne, le commerce mondial reste le grand point fort de l'économie. Les exportations globales grimpent de 14,1 %. Pour compenser la faiblesse locale, les constructeurs inondent les marchés extérieurs. Les exportations de véhicules électriques explosent littéralement de +111,8 %, dopées par une demande mondiale qui cherche à s'affranchir des prix élevés du pétrole.
- Japon : les ménages japonais continuent de réduire drastiquement leurs dépenses, illustrant une demande intérieure qui reste désespérément atone. La consommation recule de 2,9 % sur un an au mois de mars et de 1,3 % d'un mois à l'autre.
Marchés : les rendements obligataires se tendent, la tech américaine fait cavalier seul
- Actions : la dichotomie est totale entre les deux rives de l’Atlantique. Wall Street résiste in extremis à la pression des taux grâce à l’engouement pour les valeurs de la tech liées à l’intelligence artificielle (le S&P 500 parvient à gagner 0,13 % sur la semaine). En revanche, l’Europe, structurellement privée de ce puissant moteur technologique, accuse le coup (l’EuroStoxx 50 termine en baisse de 1,42 %).
- Obligations : la résurgence de l’inflation, combinée aux fortes craintes géopolitiques, a provoqué une violente tension sur le marché obligataire. Conséquence directe des anticipations de taux maintenus élevés, le rendement de la dette américaine à 10 ans a franchi la barre psychologique des 4,5 %.
- Pétrole : le marché de l’or noir flambe à nouveau, avec un baril de Brent à 108 $ et un WTI qui s’installe au-dessus des 100 $. L’impasse diplomatique irano-américaine maintient le détroit d’Ormuz sous blocus. Cette situation s’ajoute à une offre mondiale qui se contracte violemment : l’AIE et l’OPEP estiment la perte de production à près de 1,8 million de barils par jour en avril, une chute massive qui intègre le retrait officiel des volumes des Émirats arabes unis de l’OPEP.
- Métaux : le cuivre se maintient à des niveaux très élevés, flirtant avec les 14 000 $ la tonne. Il se retrouve coincé entre des problèmes de production majeurs au Pérou et une demande physique massive pour construire les infrastructures liées à l’IA. À l’inverse, l’or subit des dégagements et recule à 4 550 $ l’once, lourdement pénalisé par la perspective de taux d’intérêt américains durablement élevés qui rendent cet actif non rémunérateur moins attractif.
Newsletter rédigée le 19/05/2026, sur les données au 15/05/2026