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Auris Gestion : cette fois, le retour en arrière est complet.
Cette fois, le retour en arrière est complet. Quatre mois après les premières frappes entre les États-Unis et l'Iran, la situation géopolitique semble revenue à son point de départ.
Par Thomas Giudici, Directeur de la gestion obligataire
Les hostilités se sont intensifiées tout au long de la semaine passée, jusqu'à la mort de plusieurs militaires américains en Jordanie ce week-end, poussant Washington à renforcer ses frappes en représailles. Si les deux parties continuent d'afficher leur volonté de poursuivre les négociations, les derniers développements rendent, à court terme, toute désescalade peu probable. Surtout, Donald Trump paraît toujours dépourvu de véritable stratégie de sortie de crise. La mort de soldats américains, sujet particulièrement sensible pour l'opinion publique, réduit encore sa marge de manœuvre et accroît le risque d’enlisement dont il sera, ensuite, difficile de s'extraire.
Si la géopolitique semble ainsi revenue à son point de départ, les marchés, eux, ne cèdent toujours pas à la panique. Le pétrole, qui avait dans un premier temps relativement bien résisté à la reprise des hostilités, a certes regagné une dizaine de dollars au cours de la semaine. Pour autant, les scénarios qui dominaient au printemps, fondés sur une fermeture prolongée du détroit d'Ormuz et ses conséquences sur les approvisionnements mondiaux, n'ont pas refait surface. Les investisseurs semblent désormais considérer que les capacités de contournement développées par les pays du Golfe, les marges de production encore disponibles et une offre mondiale relativement abondante réduisent sensiblement le risque d'un véritable choc pétrolier.
Du côté des actifs risqués, les marchés demeurent globalement bien orientés et la volatilité reste contenue. Les investisseurs restent principalement focalisés sur l'ouverture de la saison des résultats et sur les développements liés à l'intelligence artificielle. À ce titre, le lancement de Kimi K3 par la société chinoise Moonshot AI a brièvement ravivé les interrogations sur la valorisation du secteur technologique, en particulier celle des semi-conducteurs. Le modèle afficherait des performances comparables à celles des solutions développées par Anthropic et OpenAI, tout en ayant été conçu et exploité à un coût sensiblement inférieur. Cette annonce a alimenté les craintes quant à la rentabilité des investissements colossaux engagés par les hyperscalers américains dans les data centers et les semi-conducteurs, provoquant un mouvement de prises de bénéfices sur les valeurs les plus exposées au thème de l'intelligence artificielle. Ce repli est toutefois resté de courte durée, les investisseurs ayant rapidement considéré que ces gains d'efficacité ne remettaient pas en cause les besoins en puissance de calcul, Kimi K3 demeurant en effet particulièrement gourmand en ressources informatiques.
Cette sérénité des marchés s’explique également par les dernières statistiques d’inflation. En juin, tant aux États-Unis, où les chiffres ont été publiés la semaine passée, qu’en zone euro, les données sont ressorties inférieures aux attentes. Elles confirment que la hausse des prix de l’énergie observée entre mars et mai n’a pas entraîné d’effets de second tour significatifs. Le reflux rapide du pétrole, une fois les tensions initiales dissipées, a permis d’effacer une large partie du choc avant qu’il ne se diffuse durablement au reste de l’économie. Les investisseurs abordent donc ce nouvel épisode de tensions avec davantage de recul et considèrent qu’une nouvelle hausse des cours du baril resterait absorbable pour l’économie. Du côté des banques centrales, ces chiffres devraient favoriser le statu quo lors des dernières réunions avant la pause estivale, mais pour des raisons différentes. La Fed peut se permettre d'attendre malgré son biais hawkish, confortée par des chiffres d'inflation meilleurs qu'attendu. La BCE, de son côté, en a déjà suffisamment fait en relevant ses taux directeurs en juin et un nouveau tour de vis serait difficile à justifier.