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Entretien avec Xavier Hovasse sur Elections passées et à venir, sous performance de la Chine… Le point sur les marchés émergents et..
Benjamin : Bonjour, bienvenue dans le Talk Marchés Zoom Invest. Aujourd’hui, nous avons le plaisir de recevoir la société Carmignac Gestion, en la personne de Xavier. Bonjour Xavier.
Xavier Hovasse : Bonjour Benjamin.
Benjamin : Vous êtes responsable de la gestion actions émergentes chez Carmignac Gestion. Vous êtes notamment cogérant du fonds Carmignac Emergents, qui est un des plus anciens fonds émergents sur la place parisienne, et également de Carmignac Emerging Patrimoine. Je n’ai pas dit de bêtises pour l’instant ?
Xavier Hovasse : Pour l’instant, ça va.
Benjamin : Super. On va parler aujourd’hui notamment des marchés émergents. Ce sont des marchés qui ont globalement sous-performé depuis les quinze dernières années, notamment par rapport au MSCI World. Il y a aujourd’hui une forte décote sur les marchés émergents, notamment en grande partie à cause de la Chine, qui a été un peu le vaisseau amiral qui avait entraîné tous les marchés émergents.
On voit qu’il y a eu un petit retour de la Chine en termes de performance, on sent un momentum un peu plus positif sur les émergents. Pour autant, si l’on rentre dans le détail pays par pays, notamment des pays que vous pouvez avoir dans vos portefeuilles, il y a eu récemment des élections en Inde, au Mexique, en Afrique du Sud. Je crois que vous n’êtes pas trop investi en Afrique du Sud, voire pas du tout, mais en Inde et au Mexique, oui. Il y a eu de petites surprises. Quels ont été les impacts de ces surprises dans votre gestion et dans vos portefeuilles ?
Xavier Hovasse : Pour l’Inde, il n’y a pas vraiment eu d’impact. L’élection n’a apparemment pas déraillé la hausse des marchés. Pourquoi ? Parce que Modi plaît au marché et il reste Premier ministre. Le marché aurait sans doute préféré qu’il ait la super majorité. Là, il doit s’associer avec d’autres partis, donc il y a un petit risque d’instabilité politique, mais le risque reste assez faible. Grosso modo, on va dire que c’est plutôt pas mal.
L’Inde va continuer sa trajectoire. Il y a une croissance forte et saine, donc tout va bien.
Le Mexique, c’est plus compliqué, parce que Claudia Sheinbaum est très bien pour les marchés. C’est une femme compétente, qui a une formation qui va lui permettre de résoudre les principaux problèmes du Mexique, notamment les problèmes d’énergie dans le nord du pays.
Le problème, c’est que Claudia Sheinbaum a eu un score trop élevé, elle a fait 60 %, et du coup, au Congrès, elle a réussi à avoir la super majorité. Les marchés n’aiment pas cela. Ils préfèrent des contre-pouvoirs. La super majorité peut permettre à López Obrador, en septembre, de faire une réforme constitutionnelle qui va lui octroyer davantage de pouvoir. Les marchés n’aiment pas cela.
La spécificité du Mexique, c’est que le président arrive cinq mois après l’élection présidentielle. Donc là, López Obrador n’a pas pu passer sa réforme constitutionnelle, mais en septembre, il peut le faire.
Benjamin : Merci pour ce petit point. Sur la Chine ?
Xavier Hovasse : La Chine, c’est très, très volatile. Cela a énormément baissé pendant toutes ces années, donc il y a des rebonds. Nous, ce que l’on dit sur la Chine, c’est que l’histoire de l’extérieur est plutôt pas terrible, puisque la crise immobilière, il n’y a pas vraiment d’espoir. La démographie baisse, il y a trop d’invendus, les développeurs sont tous en faillite. Donc pour cela, on n’attend pas d’espoir.
En revanche, le marché chinois n’est vraiment pas cher du tout. Les multiples de valorisation sont parfois ridiculement bas. La particularité aussi de la Chine, c’est que tout le monde déteste. Donc, si vous êtes contrariant, vous pouvez arriver à acheter des sociétés avec des valorisations très faibles, qui vont avoir des rebonds importants.
On a une très bonne équipe Chine chez Carmignac, donc on a de bons résultats. On continue, on a à peu près un quart du portefeuille en Chine.
Benjamin : Merci pour ce premier point. Deuxième point que l’on voulait aborder : la partie plutôt environnementale des investissements. Je crois que Carmignac Emergents est article 9 SFDR. C’est assez étonnant pour des marchés émergents, parce qu’on associe plutôt les marchés émergents notamment à des valeurs de matières premières, on pense à Petrobras au Brésil. Est-ce que ce n’est pas antinomique ? Et finalement, qu’est-ce que cela a comme contrainte pour vous dans les investissements ?
Xavier Hovasse : On est article 9. Donc on a exclu toutes les énergies fossiles. On fait très attention à la gouvernance d’entreprise. Il faut savoir que sur les émergents, l’investissement socialement responsable, le SRI en anglais, est quelque chose de plus important que sur les marchés développés.
Pourquoi c’est plus important ? Parce qu’il y a plus de corruption, plus de fraude comptable, plus d’escroqueries. De manière générale, les scandales environnementaux dans le monde ont été essentiellement dans les pays émergents ces dernières années. C’est donc une problématique plus importante.
J’ai oublié le S de ESG, la partie sociale. Les gens sont très pauvres, donc si une entreprise fait des choses qui sont bien socialement, il y a un impact plus important.
Il n’y a pas trop de contraintes pour nous. On n’investit pas dans les boîtes pétrolières. Petrobras, on s’en fiche. Si le pétrole monte, de toute manière, on peut déployer des capitaux dans des pays exportateurs de pétrole, la devise va s’apprécier. On peut trouver des moyens de bien performer, même quand le prix des matières premières augmente.
Benjamin : On disait aussi en préambule que quand la Chine décide d’investir massivement, notamment dans les énergies renouvelables, l’impact va forcément être beaucoup plus important que cela ne peut l’être dans un marché comme la France, où l’action que l’on aura aura un impact beaucoup moins important. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas le faire.
Xavier Hovasse : Exactement. En Chine, par exemple, ils avaient 75 % de leur production d’électricité qui était faite à partir du charbon. Aujourd’hui, c’est 55 %. Donc cela a un impact très important.
Benjamin : Merci. Troisième point : la partie positionnement sur les prochains mois. On ne va pas parler de performance, mais du positionnement de vos portefeuilles. Y a-t-il un risque par rapport aux élections américaines, à une éventuelle élection de Trump, des risques par rapport au dollar, qu’il se déprécie ou qu’il se valorise ? Comment anticipez-vous cela et comment avez-vous positionné vos portefeuilles ?
Finalement, si le dollar se déprécie, c’est bon pour les émergents.
Xavier Hovasse : C’est très, très bon. Le risque serait un dollar très fort, lié à une réaction un peu épidermique des marchés qui se retournent vers des valeurs refuges comme l’or ou le dollar en général.
Benjamin : Comme le fly to quality.
Xavier Hovasse : Exactement. Trump est imprévisible, donc on ne sait absolument pas ce qu’il va faire. Personne n’en sait rien. En 2016, quand il avait été élu, il y avait eu une réaction des marchés qui n’avait pas été la bonne. Le Mexique s’était cassé la figure. On pensait que ce serait une catastrophe pour le Mexique parce qu’il avait dit qu’il allait sortir des accords de libre-échange. Il a fait le contraire, il les a renforcés, et le Mexique a été le meilleur marché du monde pendant six ans derrière. Donc c’est très dur à prévoir.
On pense quand même que Trump est isolationniste, qu’il va mettre des taxes sur les importations, en particulier en provenance de Chine. Il parle de 60 % sur toutes les importations chinoises. Il ne le fera sans doute pas, mais même s’il en fait une petite partie, cela a un impact important. À ce moment-là, le yuan va se déprécier. Donc on a des protections là-dessus sur Carmignac Emergents, mais ce n’est pas sûr.
D’abord, Biden peut gagner, ce qui à mon avis serait positif pour les marchés émergents. Et si Trump l’emporte, c’est un homme d’affaires, donc il peut faire un deal. Il y avait de grosses tensions avec la Chine, il a fini par signer un accord. Donc ce n’est pas sûr, on n’en sait rien.
Nous, on a orienté le portefeuille : on a moins de Chine, on n’a plus qu’un quart de Chine alors qu’on avait plus d’un tiers. Et puis il y a des pays qui bénéficient des problèmes géopolitiques, des tensions géopolitiques entre les États-Unis et la Chine : l’Inde, notamment l’Asie du Sud-Est, le Mexique.
Benjamin : Avec des investissements massifs qui arrivent et qui se décalent de la Chine vers ces pays-là.
Merci beaucoup Xavier. Je rappelle que Carmignac Gestion est un des pionniers de l’investissement émergent en France, que vous avez donc un fonds Carmignac Emergents, qui est article 9 SFDR. C’est très important de le noter. On vous remercie pour cet éclairage et on vous dit à très bientôt sur un Talk Marchés Zoom Invest.
Xavier Hovasse : Merci beaucoup Benjamin.
Benjamin : Merci Xavier, à bientôt.