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Le Face à face d’Etienne Gorgeon, Responsable Gestion Obligataire & Associé chez Sanso Longchamp AM.
Gérald : Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouveau Face à Face sur Zoom Invest. Aujourd’hui, nous allons parler obligations, fonds datés. Pour ce faire, je reçois Étienne Goon, responsable de la gestion obligataire et associé chez Sanso Longchamp Asset Management. Bonjour Étienne.
Étienne Goon : Bonjour Gérald.
Gérald : Avant de parler du fonds que l’on va évoquer dans quelques instants, j’aimerais faire un petit tour par la macro et avoir ton regard, toujours assez aiguisé, sur ce qui se passe sur les marchés, sur ce qui se passe dans l’environnement économique, peut-être en commençant par les banques centrales.
Étienne Goon : C’est une bonne thématique. Ceux qui me connaissent savent que j’ai plutôt un biais assez précautionneux en gestion obligataire : on touche un coupon et on peut perdre sa chemise quand il y a un défaut. J’ai ce biais-là.
Et pourtant, j’ai rarement été aussi positif sur les marchés à risque, donc actions et même crédit, pour une raison toute simple : on est dans un environnement où l’économie américaine tient. On a même une petite suspicion qu’elle est peut-être en train d’accélérer avec la fin du shutdown, et l’emploi tient malgré tout ce qu’on peut entendre.
Dans cet environnement plutôt raisonnable, avec une croissance anticipée autour de 2 %, voire peut-être même 2,5 % pour l’année 2025, la Réserve fédérale baisse ses taux. Non seulement elle baisse ses taux, mais en plus elle va arrêter ce qu’on appelle le quantitative tightening, la réduction de son bilan. Mécaniquement, elle va injecter énormément de liquidité dans le système.
Quand elle fait cela, on a des évidences : des injections de liquidité dans un environnement macroéconomique plutôt favorable, c’est plutôt très favorable à la prise de risque. Même si les valorisations sont élevées, même s’il y a des sujets géopolitiques, il y a plein de bonnes raisons d’être circonspect sur les marchés. Pourtant, quand la Réserve fédérale injecte des liquidités dans une économie plutôt résiliente, c’est souvent la résultante symptomatique de marchés plutôt porteurs.
Gérald : Même si on rentre dans une année qui, dans le cycle électoral des quatre ans, n’est jamais très sympathique parce que c’est souvent la plus volatile, la moins performante et où l’on peut avoir les plus gros drawdowns ? Peut-être avec un bémol : il y a peut-être un plan fiscal aux États-Unis qui pourrait aider et limiter ce côté-là.
Étienne Goon : Le plan fiscal va probablement rajouter de l’enthousiasme au niveau de l’économie. La baisse des taux, plus l’arrêt de la réduction du bilan, va rajouter de l’enthousiasme. Après, en gestion, on essaye de voir raisonnablement à trois mois. Six mois, cela commence à devenir loin, et un an, c’est une éternité.
2026 sera probablement une année pleine de rebondissements, mais aussi loin qu’on arrive à voir, on a plutôt de bonnes nouvelles. Ces bonnes nouvelles, on les trouve également en Europe. En Europe, et particulièrement en France, on peut être pessimiste. Or le plan européen de dépenses commence à porter ses fruits. On devrait en voir les résultats au premier trimestre.
Il y a aussi le plan allemand qui va commencer à se faire ressentir au premier trimestre. On est donc dans des perspectives de croissance autour de 1,5 %, ce qu’on n’avait pas vu depuis longtemps. C’est un environnement ni exubérant ni trop froid, un tout petit peu plus chaud que celui qu’on avait, ce qui est assez favorable à la classe d’actifs crédit.
Gérald : Ni trop chaud ni trop froid. Peut-être un mot sur les taux longs. On a vu qu’ils reprennent un peu l’ascenseur au Japon, avec des records depuis plus de vingt ans. Cela monte aussi aux États-Unis. Un petit avis là-dessus : est-ce inquiétant ?
Étienne Goon : Je pense qu’on peut l’appréhender en deux parties. La première, c’est que la Réserve fédérale baisse ses taux dans un environnement qui donne des signaux de résilience a minima de l’économie. Ce n’est donc pas totalement étonnant que les taux longs remontent un petit peu, notamment dans un environnement où le déficit budgétaire américain va continuer à être assez spectaculairement négatif et où beaucoup d’émissions vont arriver.
Il y a aussi un sujet qui devient politique, très fortement politique : l’inflation. Il y a l’inflation affichée, avec ce chiffre de CPI autour de 3 points, mais il y a aussi l’inflation que les Américains paient. Si l’on regarde ce qu’achète l’Américain moyen — du bœuf, du café, des œufs et des bananes, pour faire très simple — on s’aperçoit qu’il y a des augmentations de prix entre 15 et 30 %. Cela commence à devenir un sujet politique. Il y a donc cette sensation que l’inflation n’est vraiment pas un sujet à enterrer, et cela met naturellement un peu de pression sur les taux.
Il y a évidemment le sujet du carry au Japon. On s’est aperçu que quand cela se déboucle, cela crée des tensions sur les marchés assez fortes. La porte n’est pas assez large pour que tout le monde sorte, et on a vu le Topix, au 1er août 2024, faire moins 12 %.
Après, il faut raison garder. À moins que l’inflation déraille, ce qui n’est pas totalement notre scénario ou pas tout de suite, dans un environnement où la Réserve fédérale injecte des liquidités, on s’aperçoit que, de manière générale, c’est bon pour le crédit, c’est bon pour les actions et c’est bon aussi pour les taux. Peut-être que les taux peuvent remonter sur le 10 ans américain vers 4,60 %, peut-être qu’en Allemagne on va voir le 3 %, mais j’ai du mal à imaginer, dans l’état des données que l’on a pour le moment, un dérapage totalement incontrôlé, parce que les banques centrales ne peuvent pas se le permettre.
Gérald : On a fait ce petit tour macro, en passant évidemment un peu de temps sur les taux. Maintenant, il y a aussi la gestion. Tu disais tout à l’heure qu’un an, c’était une éternité. Il se trouve que vous avez décidé de rallonger la maturité de votre fonds daté 2026. Qu’est-ce qui se passe au-delà de 2026 ? Qu’avez-vous déjà fait ? Raconte-nous comment vous gérez ce fonds daté qui évolue.
Étienne Goon : Nous avons lancé notre nouveau millésime : Sanso Objectif Rendement 2026 devient Sanso Objectif Rendement 2031. Il y a trois raisons pour lesquelles on a pensé que c’était une bonne idée d’étendre la maturité de ce fonds pour nos clients.
La première raison, c’est que c’est une demande de nos clients, forts des performances de son prédécesseur, sachant que nous avons une philosophie d’investissement un peu singulière. Nous sommes capables de sortir des rendements à des niveaux de risque bien encadrés, bien calculés, simplement parce que nous n’allons pas sur les premières pondérations des indices.
Les indices crédit, à la différence des indices actions où les plus grosses pondérations sont les sociétés les plus résilientes, ont pour plus grosses pondérations les sociétés les plus endettées. C’est là où vous avez un peu de casse, comme on l’a vu avec Altice ou Casino à un certain moment.
Nous allons plutôt chercher des boîtes familiales qui sont dans les petites pondérations des indices, des entreprises assez connues avec lesquelles on a tous une certaine proximité, comme Tereos ou Eramet. Ce sont des boîtes qui demandent un peu d’attention, mais qui sont là depuis très longtemps et nous pensons qu’elles seront là encore dans pas mal de temps.
Quand on a les ressources en analyse pour aller sur ce segment, on est capable de sortir des rendements de 1 à 3 % de plus que ce que notre peer group arrive à sortir, avec un risque moindre. La première chose, c’est qu’on peut toujours, pour le moment, sortir des rendements alléchants, de l’ordre de 6 %, malgré le fait que les spreads, les rendements et la prime de risque se soient compressés. On le fait parce qu’on peut le faire et parce que nos clients nous l’ont demandé.
La deuxième raison vient aussi de nos clients. Avec les atermoiements du budget au niveau de l’Assemblée nationale, il y avait pas mal de questions sur le fonds en euros. Certains de nos clients se sont dit qu’un fonds daté ne rentrerait peut-être pas dans une future taxation hypothétique ou non, et que contribuer concrètement au financement de l’économie française et européenne est quelque chose qui plaît pas mal. C’est finalement ce que l’on fait à travers ce type de fonds.
La troisième raison, c’est que même si l’on ne voit pas à l’éternité, on arrive à voir probablement avec un peu d’inertie sur l’année 2026. A priori, la croissance européenne sera solide, la croissance américaine sera probablement résiliente, les taux de défaut en Europe sont sages et nous ne les attendons pas obligatoirement à la hausse.
Il est toujours compliqué de se projeter à horizon trois, quatre ou cinq ans, mais à horizon un an, on arrive à voir des choses intéressantes, notamment sur le marché primaire. Il y a plein d’opportunités à saisir parce que beaucoup d’obligations arrivent à maturité et cherchent à se refinancer. Nous sommes donc plutôt optimistes. On arrive à sortir un rendement solide, 6, avec des émetteurs que l’on connaît depuis très longtemps. L’environnement nous paraît résilient, et il y a une demande assez forte de nos clients pour du rendement, parce que le rendement, on en a tous besoin.
Gérald : Le fonds daté, c’est donc loin d’être fini, même s’il y a beaucoup de questions autour de cette classe d’actifs. Cela a permis d’éduquer les investisseurs qui étaient dans un environnement de taux très bas, voire à zéro, et de se réapproprier la classe d’actifs dans la remontée. On peut quand même en faire encore aujourd’hui ?
Étienne Goon : Je pense que pour l’instant, on peut en faire aujourd’hui parce qu’on arrive encore à sortir des rendements, avec des portefeuilles robustes qui peuvent se comparer favorablement à d’autres placements, comme le fonds en euros.
Si les rendements devaient continuer à se compresser, ce qui n’est pas impossible l’année prochaine, il faudra évidemment trouver des alternatives. Je dois avouer que chez Sanso Longchamp, nous sommes riches d’idées et nous travaillons sur ce sujet en ce moment. J’espère revenir prochainement pour t’en parler.
Gérald : Étienne, merci beaucoup de nous avoir éclairés sur cette transition de 2026 vers 2031. Comme tu le disais, même si c’est une éternité, il y a des opportunités en sélection et en contrôle des risques. Merci beaucoup, et j’espère qu’on se reverra bientôt sur le plateau de Zoom Invest pour un nouveau Face à Face.
Étienne Goon : Merci à toi. Effectivement, il y a toujours plein d’opportunités. Je serai ravi de les partager avec Zoom Invest et avec toi.
Gérald : Avec plaisir. Merci à tous et on se revoit très bientôt sur Zoom Invest.