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Dans ce Face à Face, Étienne Gorgeon revient d’abord sur le contexte macroéconomique : une économie américaine résiliente, une Réserve fédérale qui baisse ses taux et met fin à la réduction de son bilan, ainsi que des perspectives européennes un peu plus favorables.
Il détaille ensuite les raisons du passage de Sanso Objectif Rendement 2026 à Sanso Objectif Rendement 2031 : une demande des clients, une recherche de rendement encore possible, et un environnement de crédit jugé solide malgré les interrogations sur les taux longs et les fonds datés.
Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouveau Face à Face sur Zoom Invest. Aujourd'hui, nous allons parler obligations, fonds datés, et pour ce faire, je reçois Étienne Gorgeon, responsable de la gestion obligataire et associé chez Sanso Longchamp Asset Management. - Bonjour Étienne. - Bonjour Gérald. Avant de parler du fonds que l'on va évoquer dans quelques instants, j'aimerais faire un petit tour par la macro et avoir ton regard qui est toujours assez aiguisé sur ce qui se passe sur les marchés, sur ce qui se passe dans l'environnement économique et peut-être en commençant par les banques centrales ? Oui, c'est une bonne thématique.
Ceux qui me connaissent savent que j'ai plutôt un biais assez précautionneux. En gestion obligataire, on touche un coupon et on peut perdre sa chemise quand il y a un défaut. J'ai ce biais-là et pourtant j'ai rarement été aussi positif sur les marchés à risque, donc actions et même crédits, pour une raison toute simple, c'est qu'on est dans un environnement où l'économie américaine tient, et on a même une petite suspicion qu'elle est peut-être en train d'accélérer avec la fin du shutdown, que l'emploi tient malgré tout ce qu'on peut entendre.
Dans cet environnement plutôt raisonnable en tout cas avec une croissance anticipée autour de 2, voire peut-être 2,5 pour l'année 2025, la Réserve fédérale baisse ses taux. Non seulement elle baisse ses taux, mais en plus elle va arrêter ce qu'on appelle le quantitative tightening. Elle va arrêter la réduction de son bilan. Et mécaniquement, elle va injecter énormément de liquidité dans le système. Quand elle fait ça, on a des évidences...
Des injections de liquidité dans un environnement macroéconomique plutôt favorable, c'est plutôt très favorable à la prise de risque, même si les valorisations sont élevées, même s'il y a des sujets géopolitiques. Il y a plein de bonnes raisons d'être circonspect sur les marchés. Mais pourtant, quand la Réserve fédérale injecte des liquidités dans une économie plutôt résiliente, c'est souvent la résultante symptomatique de marchés plutôt porteurs.
Même si on rentre dans une année aussi qui, dans le cycle électoral des 4 ans, n'est jamais très très sympathique parce que c'est souvent la plus volatile, la moins performante et où on peut avoir des plus gros drawdown. Peut-être à un bémol près, il y a peut-être un plan fiscal aux États-Unis qui pourrait aider et limiter ce côté-là. Le plan fiscal va rajouter de l'enthousiasme probablement au niveau de l'économie, donc la baisse des taux plus l'arrêt de la réduction du bilan va rajouter de l'enthousiasme. Après, nous, en gestion, on essaie de voir raisonnablement à 3 mois. 6 mois, ça commence à devenir loin. Et 1 an, c'est une éternité.
2026 sera une année probablement pleine de rebondissements. Mais en tout cas, aussi loin qu'on arrive à voir, on a plutôt des bonnes nouvelles. J'ai même envie de dire que ces bonnes nouvelles, on les trouve également en Europe. C'est vrai que l'Europe et particulièrement en France, on peut voir du pessimisme. Or, le plan européen de dépenses commence à porter ses fruits et on devrait en voir les résultats au premier trimestre, commencer à s'apercevoir que ces résultats portent leurs fruits. Et il y a le plan allemand aussi qui va commencer à se faire ressentir au premier trimestre.
Donc on est dans des perspectives de croissance qui sont autour de 1,5, ce qu'on n’avait pas vu depuis longtemps, donc plutôt un environnement ni exubérant mais un tout petit peu plus chaud que celui qu'on avait, ce qui est assez favorable à la classe d'actifs crédits, ni trop chaud ni trop froid. Peut-être un mot sur les taux longs. On a vu que les taux longs reprennent un peu l'ascenseur. Au Japon, ça a été très net, avec des records depuis quasi 20 ans maintenant, plus de 20,90. Ça monte aussi aux États-Unis. on est autour des 4,25. Un petit avis là-dessus ? Est-ce que c'est inquiétant ? Je pense qu'on peut l'appréhender sur deux parties.
La première, c'est que la Réserve fédérale baisse ses taux dans un environnement qui donne des signaux de résilience a minima de l'économie, donc ce n'est pas totalement étonnant que les taux longs remontent un petit peu, notamment dans un environnement où le déficit budgétaire américain va continuer à être assez spectaculairement négatif, donc beaucoup d'émissions vont arriver, Et puis, dans un environnement où il y a un sujet qui devient politique et très fortement politique, c'est l'inflation. Il y a l'inflation qui est affichée, ce chiffre de CPI qui est autour de 3,1.
Mais il y a l'inflation qui devient politique, c'est celle que les Américains payent. Si on regarde ce qu'achète l'Américain moyen, c'est-à-dire du bœuf, du café, des œufs et des bananes, pour faire très simple, on s'aperçoit qu'ils ont des augmentations de prix qui vont entre 15 et 30 %. Et ça commence à devenir un sujet politique. Donc il y a aussi cette sensation que l'inflation n'est vraiment pas un sujet à enterrer. Ça aussi, c'est naturellement quelque chose qui met un peu de pression sur les taux.
Il y a le sujet du carry trade au Japon et on s'est aperçu que quand ça se déboucle, ça crée des tensions sur les marchés qui sont assez fortes. On s'aperçoit que la porte n'est pas assez large pour que tout le monde sorte et on a vu le Topix au 1er août 2024 faire un -12%. Tout ça, c'est là. Après, je pense qu'il faut raison garder. À moins que l'inflation ne déraille, ce n'est pas totalement le scénario ou ce n'est pas tout de suite. Dans un environnement où la Réserve fédérale injecte des liquidités, on s'aperçoit que de manière générale, c'est bon pour le crédit, c'est bon pour les actions et c'est bon aussi pour les taux.
Peut-être que les taux peuvent remonter sur 10 ans à 4,60, peut-être qu'en Allemagne, on va voir le 3, mais j'ai du mal à imaginer, en tout cas dans l'état des données que l'on a pour le moment, un dérapage totalement incontrôlé parce que les banques centrales ne peuvent pas se le permettre. On a fait ce petit tour macro en passant évidemment un peu de temps sur les taux, c'est normal compte tenu que j'ai la chance de t'avoir en face de moi. Maintenant, il y a aussi la gestion et on va rentrer un peu plus là-dedans. Tu disais tout à l'heure que 1 an, c'était une éternité.
Il se trouve que vous avez décidé de rallonger la maturité de votre fonds daté 2026. Qu'est-ce qui se passe au-delà de 2026 puisqu'on est à plus que de l'éternité ? Qu'est-ce que vous faites ? Qu'est-ce que vous avez déjà fait ? Raconte-nous un peu comment vous gérez ce fonds daté qui évolue et qui a évolué quasiment totalement maintenant. C'est vrai qu'on a lancé notre nouveau milésime, c'était Sanso Objectif Rendement 2026, qui devient Sanso Objectif Rendement 2031. Il y a trois raisons pour lesquelles on a pensé que c'était une bonne idée d'étendre la maturité de ce fonds pour nos clients.
La première raison, c'est que c'est une demande de nos clients, fort des performances de son prédécesseur. Sachant qu'on a une philosophie d'investissement qui est singulière, assez particulière, c'est qu'on est capable de sortir des rendements à des niveaux de risque bien encadrés, bien calculés, simplement parce qu'on ne va pas sur les premières pondérations des indices. Les indices crédits, à la différence des indices actions où les plus grosses pondérations sont les sociétés les plus résilientes sur le marché actions, sur le marché de la dette, les plus grosses pondérations sont les boîtes les plus endettées.
C'est là où vous avez un peu de casse, comme on l'a vu avec Altice ou Casino à un certain moment. Nous, on va plutôt chercher des boîtes familiales qui sont dans les 0,5 % des indices, des boîtes assez connues avec lesquelles on a tous une certaine proximité. je pense à Tereos, je pense à Eramet, des boîtes qui demandent un peu d'attention mais qui sont là depuis très longtemps et on pense qu'ils seront là encore dans pas mal de temps.
Simplement, quand on a les ressources en termes d'analyse pour aller sur ce segment, on est capable de sortir des rendements qui vont de 1 à 3 % de plus que ce que notre peer groupe arrive à sortir, avec un risque moindre. La première chose, c'est qu'on peut toujours pour le moment, sortir des rendements alléchants, de l'ordre de 6 %, malgré le fait que les spreads, les rendements, la prime de risque s'est compressée. C'est la première chose. On le fait parce qu'on peut le faire. Nos clients nous l'ont demandé, donc on le fait pour eux.
La deuxième raison, c'est aussi une raison de nos clients, c'est qu'il y a eu avec les atermoiements du budget au niveau de l'Assemblée nationale, pas mal de questions sur le fonds en euros. Certains de nos clients se sont dit qu'un fonds daté, peut-être que ça ne rentrerait pas dans une future taxation, hypothétique ou non, et que contribuer concrètement au financement de l'économie française et européenne, c'est quelque chose qui plaît pas mal, et finalement c'est ce qu'on fait à travers ce type de fonds. C'était la deuxième raison.
La troisième raison, tu as raison, on ne voit pas non plus à l'éternité mais on arrive à voir en tout cas probablement avec un peu d'inertie sur l'année 2026 le fait qu'a priori, la croissance européenne sera solide, la croissance américaine sera probablement résiliente, que les taux de défaut en Europe sont sages et on ne les attend pas obligatoirement à la hausse.
C'est toujours compliqué de se projeter à horizon 3, 4, 5 ans, mais en tout cas, à horizon 1 an, on arrive à voir des choses intéressantes, notamment aussi sur le marché primaire où il y a plein d'opportunités à saisir parce qu'il y a plein d'obligations qui arrivent à maturité et qui cherchent à se refinancer. Donc c'est plutôt un certain optimisme. On arrive à sortir un rendement solide de 6 % avec des émetteurs qu'on connaît depuis très longtemps, l'environnement nous paraît résilient, et puis on a une demande assez forte de nos clients toujours pour du rendement parce que le rendement, on en a tous besoin.
Le fonds daté, c'est loin d'être fini Le fonds daté, c'est loin d'être fini même s'il y a beaucoup de questions autour de cette classe d'actifs parce que certains disent qu'il faut faire aussi un peu autre chose. Ça a permis d'éduquer les investisseurs qui étaient dans un environnement de taux très bas, voire à zéro, de se réapproprier la classe d'actifs dans la remontée. On peut quand même en faire encore aujourd'hui ?
Je pense que pour l'instant, on peut en faire aujourd'hui parce qu'on arrive encore à sortir des rendements avec des portefeuilles robustes qui peuvent se comparer favorablement à d'autres placements comme justement le fonds en euros. Si les rendements devaient continuer à se compresser, ce qui n'est pas impossible du tout l'année prochaine, alors il faudra trouver des alternatives. Je dois avouer que chez Sanso Longchamp, on est riche d'idées et qu'on travaille sur ce sujet en ce moment. J'espère te revoir prochainement pour t'en parler. Étienne, merci beaucoup de nous avoir éclairés sur cette transition de 2026 vers 2031.
Comme tu le disais, même si c'est une éternité, il y a des opportunités en sélection, en contrôle de risque. Merci beaucoup. Et j'espère qu'on se reverra bientôt sur le plateau de Zoom Invest pour un nouveau Face à Face. Merci à toi et effectivement, toujours plein d'opportunités que je serai ravi de partager avec Zoom Invest et avec toi. Avec plaisir. Merci à tous et on se revoit très bientôt sur Zoom Invest !